mercredi 15 mars 2017

Du Mal et de la violence induite

Les français, de façon générale, sont-ils violents ?
(Rappelons-nous, par exemple, les colonisations, la fabrication d’armes,
le renvoi des Roms, les richissimes qui en veulent toujours plus,
quitte à appauvrir la classe moyenne, etc.)
Frank Herbert d’écrire :
L’expression convolutée des légalismes se développe autour de la nécessité
de nous masquer à nous-mêmes la violence dont nous usons envers les autres.

Et F. Herbert de mettre le doigt là où ça fait mal, en évoquant le travail : 
Entre le fait de priver un homme d’une heure de sa vie et celui de le priver de la vie,
il n’existe qu’une différence de degré.

Dans l’un comme dans l’autre cas, nous usons de violence,
nous consommons son énergie.
Des euphémismes élaborés peuvent dissimuler nos intentions meurtrières
mais tout usage de puissance à l’encontre d’autrui se traduit par l’ultime assomption :
« Je me nourris de votre énergie. »

Restons sur la question professionnelle et voyons l’impact
de toutes ces heures de travail, par F. Herbert :
Regardez-moi ces travailleurs !
Il savait très bien qu’ils n’avaient même pas le temps
de prendre des décisions concernant leur propre existence.
À quel moment ? Après le travail ?
Le corps était trop fatigué alors
et l’esprit alourdi était plongé dans une contemplation intérieure
qui excluait tout jugement sensé dans l’intérêt de tous.

Quel est le problème de l’humain,
comment comprendre que ses entreprises finissent immanquablement
par se détériorer et ravager l’environnement naturel et social,
pour générer le pire ainsi que propager la corruption et des atrocités ?
Laissons à F. Herbert deux réponses :
L’effort le plus malencontreux de l’être pensant réside
dans la tentative d’altération du passé,

de l’élimination des antinomies,
et de son insistance à imposer aux autres le bonheur, à n’importe quel prix.
 
J’ai connaissance d’un schéma profond
dont les humains nient l’existence
dans leurs paroles
tout en la confirmant dans leurs actes.

Ils disent rechercher la sécurité et le calme, cet état de choses qu’ils appellent la paix.
Mais en même temps qu’ils parlent,
ils disséminent les graines du désordre et de la violence.

Concernant l’aveuglement général, Brecht écrivait :
Si nous pouvions apprendre à regarder
au lieu de bayer aux corneilles

nous verrions l’horreur au cœur de la farce.
Si seulement nous voulions agir au lieu de bavarder,
nous ne finirions pas toujours sur le cul.

Sommes-nous vraiment aveugles ?
Je veux dire, sommes-nous totalement éveillés ?
Voici comment F. Herbert définit notre état d’éveil quotidien :
(…) vivre la semi-existence hypnoïde dans laquelle le choc de la naissance
projetait la plupart des êtres.

Qu’est-ce qui nous aveugle, gens du peuple ?
Pierre Bordage d’écrire :
Désir et volonté implantés (…)
Donnez aux humains l’impression qu’ils décident tout par eux-mêmes,
flattez leur minuscule ego, et ils foncent tête baissée dans tous les pièges,
y compris les plus grossiers, qui leur sont tendus (…)

L’aveuglement général, est-il intentionnel, a-t-il été décidé ?
Thierry Serfaty a écrit :
Quelle supercherie ! Mais puisqu’il faut nourrir les névroses du peuple,
autant le faire avec des questions inutiles plutôt qu’avec de vrais problèmes,
n’est-ce pas ?

Je ne suis pas le seul à trouver les civilisés si vils. Les apparences et les formes,
tout comme le politiquement correct, se révèlent trompeurs.
Michael Connelly a écrit sur ce sujet :
Les individus civilisés, ceux qui se cachent derrière la culture, l’art, la politique…
et même la justice, c’est d’eux dont il faut se méfier.
Ils portent un déguisement parfait. Mais ce sont les plus cruels.
Ce sont les individus les plus dangereux sur terre.

Concernant l'incapacité ou la non-volonté d'accepter "ce qui est"¹,
Philip José Farmer a écrit : 
L’homme est le seul animal qui songe plus volontiers à ce qui devrait être
qu’à ce qui est.
C’est pourquoi il est aussi le seul animal qui adapte consciemment à ses besoins
le milieu où il vit, et, en règle générale, le dégrade,
par stupidité et absence de mesure.

Un autre fait indiscutable (selon mon observation) décrit par Michaël Marschall :
(…) car vous êtes entouré de gens qui accordent plus de valeur à l’idée
qu’à l’expérience.

Des gens qui pensent qu’il vaut mieux admirer quelque chose que l’aimer.

L’indifférence nous rend insensibles.
Il se trouve que le malheur d’autrui nous conforte (! … ?)
dans un sentiment d’occuper une place sociale importante,
et, surtout, cela permet de se sentir supérieur (aux faibles).
Concernant ces relations sociales malsaines
et le plaisir ou la compensation non moins malsains qui en découlent,
Pierre Bordage a écrit :
Les êtres humains éprouvaient l’irrépressible besoin d’enfoncer
les plus faibles du troupeau,
les blessés, les malades,
la loi de l’évolution, là encore.
Ils allaient bien lorsqu’ils voyaient les autres se noyer,
ils se sentaient moins malheureux, moins moches, mieux adaptés.

À ce sujet, F. Herbert d’écrire, ce que ne comprennent pas les dirigeants de ce monde :
Les chaînons les plus faibles créent des manques que les autres doivent combler,
et le tout en est renforcé.

Et P. Bordage d’en rajouter (à méditer) :
Faudra-t-il que notre civilisation se soit définitivement effondrée
pour que nous réfléchissions enfin sur nous-mêmes ?
Faudra-t-il que nous soyons au fond du gouffre
pour contempler avec lucidité le fond de notre âme ?

De quel Mal souffre l’humanité ?
Maxime Chattam évoque à ce sujet une réflexion à considérer¹ :
Le Mal est inhérent à l’homme,
il n’existe qu’à travers lui.
Car le Mal, c’est ce hiatus entre ce que l’homme croit être, ses prétentions,
et ce qu’il est vraiment.
C’est ce vide entre l’animal et le modèle civilisé.
Et ce hiatus ouvre nos abysses,
ces profondeurs où naissent et se développent les perversions.
Le Mal, c’est un malentendu, un malaise entre l’homme et la réalité.
Nous avons grandi trop vite (…) Et nous avons mal grandi.
Voilà ce qu’est le Mal.

Assujettir l’intellect,
par exemple en lui rappelant fréquemment ce qu’a écrit F. Herbert :
Nous sommes plus que nos idées.

Et aussi, ce qu’a écrit Alejandro Jodorowski :
Habitue ton intellect aux miracles.
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Note

¹ Deux auteurs évoquent un écart entre "ce qui est" et "ce que nous voulons", P. J. Farmer et M. Chattam.
Je rappelle que J. Krishnamurti abordait souvent ce problème lors de ses conférences :
nous n'acceptons pas ce qui est, nous luttons contre ce qui est !
Au sujet de l'adaptation, chacun devrait se poser cette question : à quoi est-ce que je m'adapte ?
Selon moi et de ce que je comprends de Krishnamurti, il s'agit bien évidemment de s'adapter à "ce qui est",
et non pas à nos idées et à ce que nous avons construit-détruit (mode de vie sur routes et dans voitures, etc.)



4 commentaires:

  1. Eric,
    De très belles citations ! Faut vraimetn que je lise Bordage. Ravi de voir Brecht dans le lot. Il disait (au sujet de ses pièces didactiques) "N'oubliez jamais qu'il y a du plaisir à apprendre" (en substance et de tête). Les histoires de Mr K sont très intéressantes. Je tourne autour de l'histoire "Et si les requins étaient des homems" depuis longtemps. Je la raconte parofis. Un jour j'en ferai peut-être quelque chose, à voir...
    Merci pour toutes ces réflexions !
    Thierry

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  2. Salut Thierry. Apprendre, c'est continuer de grandir.
    Tu fais bien de préciser "en substance et de tête".

    Si les requins étaient des hommes (je ne connais pas cette histoire),
    ils seraient sûrement moins ignobles, je pense.
    :o

    A +

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  3. "Les êtres humains éprouvaient l’irrépressible besoin d’enfoncer
    les plus faibles du troupeau, les blessés, les malades,
    la loi de l’évolution, là encore.
    Ils allaient bien lorsqu’ils voyaient les autres se noyer,
    ils se sentaient moins malheureux, moins moches, mieux adaptés."
    Oui, c'est toujours cette loi du plus fort qui régit ce monde malheureusement !
    Regarde ce qui se passe en ce moment pour les futures élections, ça canarde à tout va pour humilier, rabaisser l'adversaire, jamais il n'y aura de mise en commun pour sortir du gouffre, non, on préfère toujours et encore avoir du pouvoir sur l'autre ! On ne se soucie pas d'égalité entre les hommes, non, on se soucie de son propre état et on cherche par tous les moyens à s'élever au dessus de la masse quitte à lui marcher dessus !
    Très intéressant cet article !

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  4. La loi du plus fort ou la loi du plus retors ?

    T'as "tout" dit (écrit).
    "Jamais il n'y aura de mise en commun pour sortir du gouffre",
    c'est cela le plus désolant, désespérant je trouve.
    Merci Vi ;)

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