jeudi 29 juin 2017

Expérience atemporelle

Âgé de 14 ans, Abraham endurait déjà moult souffrances intérieures.
Il ne supportait ni l’ambiance ni la dynamique relationnelle familiales.
Il n’acceptait pas qu’on lui sape ses élans à mesure de leur émergence.

Fuguer, partir, fuir.

Ses parents se couchant tôt pour récupérer des longues journées de labeur,
une nuit, Abraham attendit dans son lit que son frère, plus âgé,
se couche et s’endorme.
Vers 23 heures, plus un bruit dans l’appartement.
Abraham, le plus doucement possible, s’est levé.
Il a pris ses vêtements et s’est habillé au salon, en silence.

Le cœur battant la chamade, Abraham est sorti de l’appartement.

Terrifié, notamment à l’idée que l’un de sa famille se réveille
et aussi, de se retrouver seul, dehors, en pleine nuit,
Abraham se sentit également satisfait de son audace, joyeux,
ce qui lui permit de descendre les escaliers en les survolant.

Mais Abraham ne savait trop que faire de sa liberté.

Il se réfugia d’abord dans les caves de l’immeuble.
Il y resta dans le noir, en état de vigilance,
sursautant au moindre bruit, fumant cigarette sur cigarette.
Peu à peu, il se calma et tenta de réfléchir à sa situation.

Soudain, la lumière fut et l’éblouit ! Quelqu’un arrive.

Effrayé, Abraham s’est promptement levé et a détalé, en silence.
Le cœur battant, il est sorti de l’immeuble, au pas de course,
en s’assurant de ne croiser personne.

Il s’est dirigé vers le pré, à l’orée de la forêt.

Abraham s’est trouvé un coin bien sombre,
vers les arbres, mais en restant dans le champ.
Essoufflé, il s’est assis pour récupérer.
Il regarda les étoiles, et cela lui fit du bien.

Que faire ? Où aller ? se demandait Abraham.

De faibles bruits, divers et indéterminés, provenaient de la forêt.
Abraham commença à s’imaginer les pires scénarios :
des monstres cachés dans les bois, assoiffés de sang,
et des arbres voulant l’attraper avec leurs inquiétantes branches.

Soudain paniqué par ses propres images mentales,
il se releva et se mit à courir.
Il n’y voyait guère et, longeant un ravin des plus sombres,
Abraham s’encoubla,
un pied pris dans une racine, il chuta dans le noir ravin.

En l’espace de quelques secondes,
il se visualisa écrasé au fond du trou ténébreux,
à en ressentir des douleurs, son corps brisé.

Cependant, cela ne se passa pas comme ça.

En chutant, par pur réflexe instinctif,
Abraham terrifié s’était agrippé à des racines.

La roulade stoppée, suspendu, il se tint immobile,
collé contre la terre toute humide, poisseuse,
néanmoins réconfortante.
Il faisait si noir au-dessous qu’il n’en voyait pas le fond.

Ouf ! Je n’ai pas trop mal, constata Abraham tout secoué,
juste quelques égratignures, on dirait.
Autant par ses frayeurs imaginées que par le choc consécutif à la chute,
il se retrouvait dans un état d’effroi important.

Abraham ressentit la froide humidité de la terre le pénétrer,
à travers ses vêtements, jusqu'aux os.

Lentement, il releva la tête et aperçut, abasourdi,
comme un immense voile de lumière blanche et opaque
recouvrant le ciel, auparavant sombre et étoilé.
Qu’est-ce que cette lumière ?
Comment est-ce possible ?
se demanda Abraham, fasciné par le phénomène.

Revenant à sa situation, il se dit, tremblant de peur et de froid,
qu’il fallait remonter, qu’il ne pouvait rester dans cette posture toute la nuit.
Abraham, instinctivement, se mit à respirer profondément
tout en se répétant une litanie improvisée :
je n’ai pas peur, j’ai glissé et je vais remonter.
Il n’y a pas de danger dans cette forêt et les monstres n’existent pas,
c’est dans mon imagination. Les arbres sont inoffensifs.
Mais le ciel est étrange…


Ses sens à l’affût, agilement, il se tourna pour se positionner sur les genoux
et tâta le terrain de sa main droite, en quête de prises.
En se raccrochant aux racines et pierres stables,
Abraham parvint à se hisser au sommet, haletant.

Il reprit son souffle en restant recroquevillé dans la terre.
J’ai réussi à sortir du ravin.

Il fit rapidement un bilan des douleurs,
je n’ai rien de grave.

Sur le qui-vive, Abraham a regardé autour de lui,
surpris de constater qu’il y voyait presque comme de jour,
mais pas comme avec le soleil.
Il se diffusait une luminosité bizarre, indéfinissable,
crémeuse et épaisse.

Abraham regarda le pré qu’il connaissait bien,
et il n’en crut pas ses yeux !
À mi-hauteur du champ, après le grand arbre,
se trouvaient trois personnes tout de blanc vêtues,
jusqu’à un capuchon recouvrant leurs têtes, tels des capes ou manteaux.

Les personnes se tenaient autour d’un grand feu, sans bouger.
On dirait des druides, se dit Abraham, qui ne pouvait voir leurs visages.

Il resta à l’ombre des arbres, recroquevillé, au bord du ravin,
à observer ces gens étranges, qui étaient trop éloigné de lui
pour qu’Abraham puisse distinguer ce qu’ils faisaient.
Ils semblaient se parler ou juste se réchauffer.

L’esprit d’Abraham ne comprenait plus rien. Bug mental.
Quelques minutes avant, il faisait nuit et il n’y avait personne.
Alors que là, tout-à-coup, le ciel était blanc et, dans le champ,
il y avait ce qui semblait être trois hommes réunis autour d’un grand feu.
Bizarre. Comment est-ce possible ?
Qui sont ces gens ?
Que se passe-t-il ?


Abraham avait perdu la notion du temps.

Entendant un bruit inhabituel dans la forêt,
Abraham a détourné son regard. Ça doit être un animal.
Le temps de fermer les yeux pour être sûr d’être bien éveillé,
puis de les rouvrir, qu’Abraham constata que…
il ne restait plus rien de la scène du feu ni du ciel blanc !

La nuit était ordinaire, avec des étoiles et… le pré, vide.

Abraham, intrigué, se releva, en restant vigilant.
L’esprit des plus confus, il se reprit, se raisonna comme il put,
et remonta vers le grand arbre. Il n’y a personne. Étonnant !

Abraham a cherché les traces du feu.
Rien, pas de bois brûlé ni cendre,
et pas âme qui vive aux alentours.

Ne sachant plus ni que penser ni que faire,
congelé et ayant eu son lot d’émotions pour la nuit,
Abraham retourna à l’appartement.

Il s’est déshabillé dans le corridor puis,
il mit la clé dans la serrure de la porte, le plus discrètement possible,
et l’entrebâilla. Il glissa la tête à l’intérieur pour écouter. Silence.
Tic-tac ressassait l’horloge inlassablement.

Abraham est allé se glisser dans son lit, ni vu ni connu.
Ébahi par le survenu, il s’endormit aussitôt.


mardi 27 juin 2017

Vie sous condition

Sur quoi repose notre conditionnement multimillénaire ?
Je veux dire : quels en sont les axes principaux ou encore, les leviers de contrôle ?

Suite à la lecture de Daniel Quinn, je distingue trois moyens imparables :

1. Nous faire détester, mépriser, le mode de vie dit primitif ;
un mode de vie en fait naturel, instinctif,
au sein duquel chacun, comme chaque tribu ou clan,
peut vivre comme il l’entend, à son rythme, en allant où le vent le mène.
Exemple de clichés courants : habiter dans des cavernes (non chauffées),
en entretenant des rapports barbares entre les uns et les autres, etc.
A ce mépris de la primitivité,
il faut ajouter « la mise sous clef de la nourriture et de l’eau »,
condition sine qua non pour le fonctionnement du rêve idéel.
Il ne reste plus qu’à propager régulièrement la peur du manque,
manque de nourriture et de boissons, de confort et de divertissements,
et, de toutes les façons possibles, évoquer fréquemment l’insécurité
et la barbarie sans la protection administrative du système si vil.


2. Générer un climat de méfiance et de mépris du féminin
et tout ce qui s’y rattache : sensibilité, sentiment d’amour, compassion, etc.
Le serpent devint diabolique, symboliquement,
lorsque les représentants mâles des Eglises ont rêvé de pouvoir et puissance.
Promouvoir une image ambivalente de la femme,
moins intelligente que l’homme,
notamment en présentant deux genres distincts de femmes :
- une sorte de femmes à respecter, la mère de chacun ainsi que la future mère de ses enfants,
femmes avec qui il faut être patient et gentil, qu’il ne faut surtout pas battre
(pourtant un dicton de prétendre « bats ta femme, si tu ne sais pas pourquoi, elle le sait »)
et à qui il faut offrir des fleurs et, au moins, une bague
(pour se faire pardonner de la battre et de la tromper) ;
- une sorte de femmes-objets, à mépriser mais consommable,
n’existant que pour les plaisirs sensuels.
La destinée de ce genre de femmes consiste à pomper… le fric des gentilshommes.
D. Quinn a relevé : « nous vivons un rêve d’hommes »,
rêve dans lequel les femmes ne se sentent pas bien ;
néanmoins, elles s’adaptent et ont le souci de plaire aux hommes,
et « très peu s’échappent » de ce rêve, a précisé cet auteur.
Mesdames, les hommes vous dépossèdent depuis…
Pfff…

Remarque : notons que le dégoût de la primitivité est étroitement relié
à celui de la féminité. Par exemple, une femme instruite, conforme,
bien adaptée au système, une fois enceinte et après l’accouchement,
quand elle allaite l’enfant, toute cela renvoie à un comportement primitif (naturel).
Il y a quelques mois, une pétition a tourné : une jeune femme s’est vue refuser
un endroit tranquille dans un commissariat pour pouvoir allaiter son bébé.
Les fonctionnaires ont éconduit la jeune femme et son bébé
en mettant en avant « l’incivilité » de sa demande et de son comportement !!
Quand on en arrive à méjuger une femme qui veut allaiter son enfant,
cela devient grave, très grave. Aliénation mentale générale
.

Sensibilité vs raison (primaire, logique et calculatrice)

Messieurs, ce tort causé aux femmes nous porte également préjudice…

Je reprends deux extraits publiés sous « Ouroboros » qui vous concerne,
Mesdames, d’où il ressort clairement comment les hommes vous manipulent :
L’universalité des traditions qui font du serpent le maître des femmes,
parce qu’il est celui de la fécondité.
Plus qu’une volonté d’hégémonie de l’esprit au détriment des forces naturelles,
il faut voir là un souci d’équilibrer ces deux forces fondamentales de l’être
(les deux forces de l’être étant celle du serpent, qui ressent les événements,
dont le symbole était relié aux femmes (durant l’antiquité)
et la force de l’aigle, qui survole les événements pour les penser,
symbole plus directement relié aux hommes).
Dans la mesure, au contraire, où il (le serpent)
demeure l’indispensable autre-face de l’esprit,
le vivifiant, l’inspirateur,
par lequel monte la sève des racines à la coupole de l’arbre,
il est agréé, et même glorifié.
Ainsi, toutes les grandes déesses de la nature,
ces déesses mères qui se reconduiront dans le christianisme
sous la forme de Marie, mère de Dieu incarné,
ont le serpent pour attribut.(…)
C’est cette tenace volonté humaine contre la dictature de la raison (…)

3. Vivre c’est produire et obtenir des produits.
Pour obtenir des produits, il faut en produire
(en produisant des efforts et heures de travail, etc.)
Pour produire, il faut prendre (ressources naturelles, surpêche,
agriculture intensive, élevage intensif, etc.) et calculer les bénéfices.
Et surtout, afin que chacun se sente concerné par ce cercle productif,
il faut des carottes : des distractions, de la bière, des femmes à la cuisse légère,
et du rêve américain disponible pour tous.
Un exemple de carotte : à la TV, à travers films, séries et publicités,
nous apprendre à vivre de façon bourgeoise, d’apparence distinguée,
en consommant librement divers produits,
comme boire un verre de whisky dans sa villa, au bord de la piscine,
après avoir garé sa voiture propre dans le garage non moins propre.
Pour les plus démunis, il reste l’espoir des jeux, de la française, du tiercé, etc.

Au sein de la bulle d’abstraction, la liberté se paye.
Une équation, la liberté ?
Plus t’es riche, plus tu consommes, plus tu crois être libre,
et plus tu veux être riche…
Certains esprits-se-voulant-zen de reconnaître que l’argent ne fait pas le bonheur,
« mais il y contribue », ajoutent-ils doctement.


En résumé, voici le message de nos sociétés :
Ne vous écoutez pas, n’éprouvez pas le vivant et refoulez vos élans naturels ;
vos ressentis vous trompent, vos impressions doivent être calibrées
pour une adaptation à une réalité conforme et civilisée,
inculquée notamment grâce aux divers médias ;
vos désirs, qu’on vous foute la paix et de liberté, sont utopistes ;

le sentiment est faiblesse et la sensibilité, maladie mentale, à l’exemple des femmes.
Sans travailler, ou sans faire travailler vos avoirs ‒ et les banques furent ‒,
vous devenez l’ennemi
de notre resplendissante société globalisée en une pensée unique,
dont la croissance prime sur nos existences de larves entravées,
système qui détruit notre environnement naturellement nourricier,

pour une idée de le remplacer par un environnement rentable,
artificiellement parfait et déjà fort endetté.
Mais au fait,
de qui est la pensée unique ?
Quelle est le roi, l’inventeur, le détenteur, le garant de cette pensée mondiale ?

On s’en fout !
Produire. Consommer. Se distraire. Sécurité pour tous.

Longue vie à la machinerie faisant fonctionner la bulle d’abstraction,
qui, dorénavant, n’aura plus besoin de travailleur ni d’esclave,
maintenant qu’il y a des robots dociles qui ne contrarient pas.
La libération de la machine dotée d’un contrôle cerveau central.
« 3 personnes sur 4 mourront de chaleur ces prochaines années »,
nous fait-on savoir officiellement, ces temps-ci.
Nous voilà préparés. Un homme averti en vaut deux.
Et une femme avertie ?
Bah, l’équivalent d’un trois-quarts d’homme.
Au moins, y aura du boulot, après les vagues de chaleur meurtrières,
ne serait-ce que pour s’occuper des robots.

Et comme tout est équation,
d’ici là nous aurons trouvé l’équation qui nourrit et abreuve,
et surtout, qui rend heureux.

CQFD


dimanche 25 juin 2017

Ouroboros

Sssssssss… sssss…
C’est l’histoire d’un enfant, pas plus de trois ans, qui marchait à peine,
qui commençait à parler et à regarder, découvrir, autour de lui.
Par la force des choses, il devint rapidement aussi indépendant que ses moyens le permettaient.
Il arrivait que ce petit fasse des cauchemars. Cette nuit-là, il fit un rêve terrifiant,
qui le marquera à vie :
L’enfant se voyait marcher sur un sentier à travers un champ.
Il se mit à pleuvoir à grosses gouttes.
L’enfant ressentit une sensation étrange sous ses pieds,
il regarda et vit que le sol était rempli de vers de terre.
Le sol bougeait, grouillait, tant il y en avait.
L’enfant se sentit apeuré. Paniquant, il accéléra en ne pouvant faire autrement
que de marcher sur des vers paraissant de plus en plus gros. Cela le dégoûtait. 
Soudain, l’enfant s’est retrouvé face à une énorme tête de serpent !
La tête faisait bien plus du double de la taille de l’enfant !
Devant ce monstre, l’enfant restait pétrifié de terreur.
Le serpent le regardait, sans se montrer agressif.
Les yeux de l’enfant cherchaient à voir, derrière cette tête effrayante, le corps de la bête.
Ce qu’il entrevit le bouleversa : le corps, immense, dont il ne voyait qu’un flanc,
se perdait à l’horizon, à l’infini, il n’en voyait pas la queue ! 
L’enfant se reprit et amorça un mouvement pour faire marche arrière.
Lentement, il recula, puis se retourna, afin de fuir loin de la tête du serpent.
Horreur !
Quelle fut l’effroyable surprise de l’enfant en découvrant, derrière lui,
la queue géante du serpent, qui frétillait !
 
Juste avant un réveil brusque, l’enfant fut tout-à-coup dans l’espace
d’où il voyait l’immense serpent qui entourait complètement la Terre, tel un anneau.


Adolescent, il est arrivé que Sandro se souvienne de ce cauchemar,
comme il se souvenait d’autres rêves et cauchemars, sans plus.

Jeune homme, Sandro partit avec son amie en voyage sur une terre lointaine. Là,
ils apprirent à fabriquer des bijoux à partir de pierres semi-précieuses déjà taillées et de fil d’argent.

De retour en Europe, avec son amie, ils s’installèrent dans un camping sauvage,
monté le temps d’un fameux festival de musique pop-rock qui durait six jours.
Ils vendaient leur artisanat dans le camping, devant leur tente.
L’amie de Sandro avait créé des boucles d’oreille très simples et jolies,
avec des plumes d’oisillons colorées.
Il y avait beaucoup de va et vient cet après-midi-là, quand une jeune femme s’est arrêtée
devant le stand improvisé, ayant flashé sur une paire de boucles d’oreille en plumes.
La jeune femme demanda le prix et engagea une conversation avec l’amie de Sandro.
Tout-à-coup, la femme s’est tournée pour faire face à Sandro et lui a dit,
en le regardant droit dans les yeux « je t’échange ma boucle d’oreille
contre une paire avec les plumes ». Sandro s’est approché d'elle
pour découvrir un serpent qui se mord la queue, en argent, accroché à l’oreille de la demoiselle.
Il a accepté le troc sans hésiter, se rappelant aussitôt son cauchemar d’enfant.
La jeune femme a ôté sa boucle d’oreille et, spontanément, elle s'est approchée de Sandro
pour lui enlever sa boucle d’oreille et lui mettre à la place celle qu’elle portait, le serpent.
Ensuite, elle a regardé Sandro…, son oreille…, Sandro de profil en reculant…,
et enfin, elle a paru satisfaite. C’est alors qu’elle a pris la paire de boucle d’oreilles en plumes
qui lui plaisait. Elle souriait en se mettant les boucles d’oreille devant le miroir tendu
par l’amie de Sandro. Puis, elle s’en est allée, sans se retourner.

En repensant à la jeune femme, Sandro se disait : parfois la vie est étrange, inattendue.
Quelle rencontre surprenante, un peu comme dans un rêve.
Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir reçu un présent.
Sandro ôta sa nouvelle boucle d’oreille pour la regarder.
La tête du serpent se plaçait sur le lobe, recouvrant ainsi le trou traversant l’oreille.
La queue du serpent, qui remontait derrière l’oreille, se terminait de façon à pouvoir passer
dans le trou du lobe, afin de venir s’accrocher derrière la tête du serpent.
De la sorte, le serpent était lové autour du lobe.

Sandro a porté cette boucle d’oreille durant plus de vingt ans. Elle faisait partie de lui.
Il a aimé comment ce bijou s’est, en quelque sorte, imposé à son oreille,
par l’intermédiaire de la demoiselle spontanée, d'une rencontre insolite.

A l’approche de ses trente ans, Sandro aimait aller fouiner dans les bibliothèques
à la recherche de bd et livres intéressants, intelligents ou originaux.
Ce jour-là, dans un rayon, il prit un livre plein de symboles.
Il s’assit dans un coin et feuilleta le gros pavé.
Quelle ne fut sa surprise en tombant sur une image montrant un serpent enroulé
à s’en mordre la queue ! Un Ouroboros, lut-il.
Son rêve lui revint à l’esprit, surtout la dernière scène quand il avait vu l’immense serpent
entourant la planète entière. J’ai rêvé d’un ouroboros.
Comment se fait-il que je me souvienne de cela, alors que je n’ai quasiment aucun souvenir
de cette époque de ma vie, alors qu’à cet âge j’étais incapable de penser ?

Bizarre ce rêve, se dit Sandro.
Il prit ensuite un autre livre dans le rayon, le dictionnaire des symboles de J. Chevalier
et A. Gheerbrant. Il ne trouva rien sous le terme ouroboros.
Sandro tourna les pages en cherchant "serpent".
L’énoncé sous serpent comportait plusieurs pages et il s’y trouvait, en plus des dragons,
l’ouroboros. Sandro lut :
« Autant que l’homme, mais contrairement à lui, le serpent se distingue
de toutes les espèces animales. Si l’homme se situe à l’aboutissement d’un long effort génétique, nous devons aussi, nécessairement, placer cette créature froide, sans pattes,
ni poils, ni plumes, au commencement du même effort.
En ce sens, Homme et Serpent sont les opposés, les complémentaires, les Rivaux.
En ce sens aussi, il y a du serpent dans l’homme et, singulièrement,
dans la part de celui-ci que son entendement contrôle le moins.
(…)
Il n’y a pourtant rien de plus commun qu’un serpent, rien de plus simple.
Mais il n’y a sans doute rien de plus scandaleux pour l’esprit,
en vertu même de cette simplicité
.
(…)
Il joue des sexes comme de tous les contraires ; il est femelle et mâle aussi,
jumeau en lui-même
(…)
Le serpent ne présente donc pas un archétype, mais un complexe archétypal,
lié à la froide, gluante et souterraine nuit des origines
(…)
Le serpent visible n’apparaît donc que comme la brève incarnation d’un Grand Serpent. Invisible, causal et a-temporel, maître du principe vital et de toutes les forces de la nature.
C’est un vieux dieu premier que nous retrouvons au départ de toutes les cosmogénèses,
avant que les religions de l’esprit ne le détrônent.
Il est ce qui anime et ce qui maintient.
Sur le plan humain, il est le double symbole de l’âme et de la libido. (…)
Dans le tantrisme, c’est la Kundalini , lovée à la base de la colonne vertébrale
(…)
L’Ouroboros lui aussi est symbole de manifestation et de résorption cyclique ;
il est union sexuelle en lui-même, auto-fécondateur permanent,
comme le montre sa queue enfoncée dans sa bouche ;
(…)
S’il appelle l’image du cercle, il est surtout la dynamique du cercle,
c’est-à-dire la première roue, d’apparence immobile,
parce qu’elle ne tourne que sur elle-même,
mais dont le mouvement est infini, parce qu’il se reconduit perpétuellement en lui-même.
(…) Il crée le temps, comme la vie, en lui-même.
 
Plus qu’une volonté d’hégémonie de l’esprit au détriment des forces naturelles,
il faut voir là un souci d’équilibrer ces deux forces fondamentales de l’être,
en empêchant que l’une – celle qui n’est pas contrôlable –
ne tente de prévaloir sur l’autre. (…)
Ici (dans l’antique monde grec, aux temps d’Athéna, déesse de toute science véritable,
et des divinités de la poésie, de la musique, de la médecine et surtout de la divination),
la science du serpent étend également son pouvoir sur le royaume de l’ombre
et sur celui de la lumière, concilie l’âme et l’esprit, les deux zones de la conscience,
le sacré gauche (Dionysos, le mystérieux Libérateur)
et le sacré droit (Apollon, le dieu solaire).
Mais tout cela est contenu en germe et parfaitement expliqué en images
par l’histoire de Dionysos lui-même. Sous les noms de (…), il naît, (…), de l’union
de Zeus et de Perséphone, c’est-à-dire de l’âme et de l’esprit, du ciel et de la terre.
Pour réaliser cette union, la tradition dit que Zeus se transforme en serpent.
C’est dire que l’Esprit, tout divinisé qu’il soit, reconnaît l’antériorité de l’incréé
primordial, dont il est lui-même issu, et où il lui faut replonger pour se régénérer
et porter fruit. (…)
L’apologue est clair : il montre que le serpent n’est pas en lui-même bon ou mauvais,
mais qu’il possède les deux valences…
(…)
Dans la mesure, au contraire, où il demeure l’indispensable autre-face de l’esprit,
le vivifiant, l’inspirateur, par lequel monte la sève des racines à la coupole de l’arbre,
il est agréé, et même glorifié. Ainsi, toutes les grandes déesses de la nature,
ces déesses mères qui se reconduiront dans le christianisme sous la forme de Marie,
mère de Dieu incarné, ont le serpent pour attribut
.
(…)
C’est cette tenace volonté humaine contre la dictature de la raison,
qui donnera naissance aux sectes gnostiques, aux confréries de derviches et,
dans le monde chrétien, à toute une catégorie d’hérésies
que combattra l’Eglise Romaine.
(…)
Quand ce monde se réclame des Anciens, il semble qu’il oublie la leçon de Tempérance,
qui se dégage de l’ensemble de leur mythologie dans tous les cas où celle-ci traite
du serpent. Condition de tout équilibre, cette tempérance paraît à certains égards
proche de la sagesse du serpent, dont parle le Christ.
Le serpent n’est pas médecin, il est médecine,
tel doit être compris le caducée dont le bâton est fait pour être pris en main.
L’universalité des traditions qui font du serpent le maître des femmes,
parce qu’il est celui de la fécondité
(…)
Si la chrétienté n’a, le plus souvent, retenu que l’aspect négatif
et maudit du serpent, les textes sacrés du Christianisme, eux,
témoignaient des deux aspects du symbole
. (…)
Le serpent, chargé de tous les péchés, est l’orgueilleux, l’égoïste, l’avare.
Le "bon être" du serpent, pour reprendre le langage de Jacob Boehme, n’est plus ;
ne subsiste que son "faux être" qui "aime à se matérialiser dans l’orgueil :
celui qui sous sa garde laisse les pauvres souffrir de disette
et qui entasse en son cœur des biens temporels en propriété,
celui-là n’est pas un chrétien, mais un fils du serpent".
Le mythe païen de Siegfried (…). Ce Nouveau Héros deviendra, dans sa décadence,
le surhomme et le superman, par lesquels une civilisation dite chrétienne retombe
précisément dans les excès que le christianisme veut réprimer
.
On sait quelles en sont les conséquences, dont la moins grave n’est pas le crayonnage
d’une morale du Bien et du Mal
outrageusement simplificatrice et traumatisante,
parce qu’elle rompt l’unité de la personne humaine, en refoulant
dans l’inconscient les aspirations et inspirations profondes de l’être
. »

Sandro saisit soudain la symbolique ou plus exactement, la relation entre les deux symboles :
celui du serpent et celui de l’aigle, c’est-à-dire celui de l’âme et celui de l’esprit.
Le serpent rampe sur terre, alors que l’aigle vole haut dans le ciel.

Sandro rangea le dictionnaire, en pensant à ce qui avait bien pu causer son rêve d’enfant :
c’est l’imagination qui l’a créé ; mais comment une faculté en tout début de développement
peut concevoir un tel rêve chez un enfant de moins de trois ans,
en lui soumettant un symbole majeur remontant à la nuit des temps ?
Il n’y était pas seulement question d’un serpent,
mais d’un ouroboros qui entourait la Terre. Que signifie tout cela ?
Que faut-il comprendre de ce rêve ?


Absorbé par son questionnement, Sandro sortit de la bibliothèque.
Durant un infime instant, il eut l’impression de Tout saisir,
que le monde était, au fond, facile et si évident à appréhender.
Mais cet instant de lucidité aiguë fut trop fugace. L’instant d’après,
Sandro se laissait emporter dans la confusion d’un flot de pensées
notamment en recherche de compréhension du pourquoi et du comment…
Comme à l’accoutumée, Sandro restait prisonnier de son abondante activité cérébrale.
Ce jour-là, il prit conscience et put mesurer l’écart entre son hyper activité mentale
et ses trop brefs instants de lâcher-prise durant lesquels tout devient limpide.

Sur son scooter, Sandro restait avec le sentiment qu’une nouvelle fenêtre ou porte s’ouvrait pour lui
sur l’inconnu…, peu à peu. Un jour, il ferait de sa cellule carcérale mentale une bibliothèque haute
technologie. Cet espace aurait d’innombrables ouvertures et accès sur et depuis le monde des sens.

En garant son scooter, Sandro tentait de s’imaginer ce que devait ressentir un serpent,
cet animal qui semble éprouver le contact avec l’environnement par la globalité de son corps.
Sandro s’amusait à imaginer son propre tibia toucher quelque chose et son esprit distinguant immédiatement ce qu’est cette chose – son odeur, sa forme, sa couleur, sa dimension, etc. –
et ce, sans avoir à la regarder, alors qu’au même moment son épaule toucherait
et identifierait autre chose, simultanément…
Sssss… Ssssandro…sss…. voussss… sssssalue…ssssss...


samedi 24 juin 2017

Issue à notre portée (VI)

Je termine avec la copie d'extraits du roman My Ishmael de Daniel Quinn.

Il m’a paru important de transmettre la parole-qui-sonne-juste.

Toutes les mises en gras (des six parutions) ainsi que la présentation sont de mon fait.

Revenons au roman. Voici une mise au point d'Ishmael concernant nos quêtes
de solutions et réponses extérieures (comme croire et espérer en Dieu, par exemple) :
(Ce que tu cherches, Julie, Dieu, extraterrestres ou autres)
étaient tout simplement tes propres ancêtres, qui ont parfaitement réussi
à vivre ici-bas durant des centaines de milliers d’années sans détruire le monde ;
tes ancêtres et leurs descendants culturels,
à savoir les peuples tribaux qui subsistent aujourd’hui.
Là où tu t’égares, c’est que tu t’imagines que je t’ai montré les réponses,
alors que je t’ai seulement indiqué par où il faut les chercher.
Tu crois que je préconise d’adopter le mode de vie des (primitifs),
alors que je dis qu’il faut comprendre pourquoi il a bien marché
et pourquoi il continue de marcher aussi bien que par le passé là où il existe encore. (…)
Qu’est-ce qui fonctionnait parfaitement auparavant ?
Pourquoi le mode de vie tribal marchait-il, Julie ? Je ne parle pas du mécanisme…
- Parce qu’il a été éprouvé depuis que l’homme existe, je suppose.
Ce qui convenait est resté et ce qui ne convenait pas a été éliminé.

L’utopie des intellectuels perfectionnistes
(…) On ne peut pas se contenter de coller plusieurs choses à la va-vite
et espérer que ça fonctionne aussi bien qu’un système qui a été éprouvé
et perfectionné pendant trois millions d’années
(par tous les animaux, et non seulement les humains, a précisé Ishmael).
(…)
La force du mode de vie tribal, c’est justement que son succès
ne dépendait pas de l’amélioration du genre humain
.
Il convenait aux gens tels qu’ils étaient. (…)
Ceux-qui-prennent (…) se sont crus capables d’améliorer les individus
– comme on améliore des produits mal conçus –
en les punissant, les éduquant, les incitant à devenir meilleurs
. (…)
(Julie dit) C’est de l’orgueil mal placé. Une sorte de fierté à la noix.

Ce que j’appelle « bulle d’abstraction », Ishmael en parle avec une autre métaphore :
nous évoluons dans une immense prison, « Mère Culture ».
(Soyez attentive, Mesdames, car si ce rêve de sivilisation est masculin,
vous l’adoptez tout de même à contre-cœur et de façon ambivalente) :
Les détenus de la prison de Ceux-qui-prennent édifient une nouvelle prison
à chaque génération, Julie. Ta mère et ton père y ont participé.
Toi-même, quand tu vas bien sagement à l’école et que tu te prépares à entrer
dans la vie active, tu participes à la construction de la prison que ta propre génération
occupera. Une fois bâtie, elle sera l’œuvre de vous tous, hommes et femmes confondus.
Il n’empêche que les femmes de ta culture n’ont jamais éprouvé pour la vie carcérale
le même enthousiasme que les hommes,
et elles s’en sont plus rarement encore échappées
.
- Vous voulez dire que ce sont les hommes qui dirigent la prison ?
- Non. Depuis que la nourriture est sous clef et bien gardée,
la prison se dirige toute seule. Le gouvernement que tu vois,
ce sont des prisonniers se gouvernant eux-mêmes.
Ils ont la permission de vivre à leur guise à l’intérieur de la prison.
Pour la plupart, les prisonniers ont choisi d’être gouvernés par des hommes,
mais ces hommes ne dirigent pas la prison elle-même.
- Quelle est cette prison ?
- C’est votre culture (…)
- Comment arrêter ça ?
- En apprenant quelque chose de différent, Julie.
En refusant d’enseigner à tes enfants comment être prisonniers.
En brisant le moule. (…)
Sans votre soutien, il ne peut pas continuer.
Votre culture n’a pas d’existence propre en dehors de vous,
et si vous cessez de la transmettre, elle s’éteindra d’elle-même
,
comme une flamme qui ne trouve plus de combustible.
- Oui, mais qu’arriverait-il alors ?
On ne peut pas cesser complètement d’éduquer ses enfants.
- Bien sûr que non, Julie. Mais autant leur inculquer quelque chose de nouveau.
Et pour cela, tu dois d’abord toi-même commencer à apprendre
quelque chose de nouveau
.

Ensuite, trois chapitres traitent de l’éducation de nos enfants, de leur scolarité
et du monde du travail, surtout depuis la révolution industrielle.
Ishmael demande à Julie :
- (…) Vous avez le système éducatif le plus avancé de l’histoire du monde.
Mais vos écoles ne valent rien. Comment se fait-il qu’elles répondent si mal
à ce qu’on attend d’elles, Julie ?
- (…) Les écoles ne préparent pas à la vie active. Ni à la vie tout court.
(…) Elles sont là pour préparer les enfants à réussir dans la société.
- (…) C’est là que réside l’une des plus subtiles supercheries de Mère Culture, Julie (…)
Car évidemment, ce n’est pas du tout à ça que vos écoles sont destinées.
- Et à quoi sont-elles destinées ?
- J’ai mis plusieurs années à le découvrir. (…)
Les écoles sont là pour réguler le flux de jeunes concurrents
qui arrivent sur le marché du travail
. (…)
Occuper les jeunes et surtout, qu’ils consomment !
- (…) Mais imagine ce qui arriverait aujourd’hui si vos éducateurs décidaient soudain
que les études secondaires ne sont plus nécessaires…
- Oui, je vois ce que vous voulez dire, répondis-je (Julie). Vingt millions de gosses
se retrouveraient soudain en concurrence pour des boulots qui n’existent pas.
Et le taux de chômage crèverait le plafond.
- Ce serait catastrophique, Julie. Et puis il n’importe pas seulement de tenir
ces adolescents de quatorze à dix-huit ans à l’écart du monde du travail,
il est aussi essentiel qu’ils restent à la maison
en tant que consommateurs non salariés
.
- Qu’est-ce à dire ?
- Cette tranche d’âge soutire une énorme quantité d’argent aux parents,
estimée à deux cents milliards de dollars par an.
Pour acheter des livres, des vêtements, des jeux (…)
Si ces adolescents devenaient des salariés, ils ne seraient plus en mesure
de soutirer des milliards de dollars à leurs parents,
et ces industries orientées vers la jeunesse s’écrouleraient d’un seul coup,
rejetant plusieurs millions de personnes supplémentaires sur le marché du travail.
(…)
- Voici une question intéressante pour toi, Julie. Vos professeurs attendent-ils
que leurs élèves se rappellent tout ce qu’ils ont appris l’année précédente ?
- Non, je ne crois pas. Ils espèrent qu’on en ait gardé une vague notion. (…)
(…)
- Maintenant, tu es en mesure de comprendre pourquoi tu as passé tant d’années
à apprendre des choses qui te sont sorties de la tête une fois l’épreuve terminée.
- (…) Il faut bien nous occuper pendant les années où l’on nous tient à l’écart
du marché du travail. Et il faut que ça ait l’air utile, indispensable même. (…)
(…)
Maintenant, tu comprends pourquoi les écoles préparent aussi mal
les bacheliers à entrer dans la vie active, non ?
- Oui. Il faut que les bacheliers commencent au bas de l’échelle.



Impressionnant : D. Quinn, vers 1995 (ce roman étant paru en 1997), a écrit :
Evidemment quelques-uns préféreraient encore la captivité (la prison de Mère Culture),
mais ce serait une question de choix.
Un Donald Trump, un George Bush ou un Steven Spielberg
n’auraient guère envie de quitter la prison de Ceux-qui-prennent.

La vérité ou prise de conscience peut se révéler blessante.
Mais une blessure se soigne.
Ishmael poursuit :
Mère Culture vous trompe, lorsqu’elle prétend que l’école existe
pour répondre aux besoins des gens.
En réalité, les écoles produisent des bacheliers
incapables de vivre sans travailler,
mais dépourvus de toute qualification,

ce qui correspond parfaitement aux besoins de votre économie.
Ce n’est pas un défaut, c’est une exigence du système
à laquelle l’école répond pleinement, avec cent pour cent d’efficacité.

Ishmael démontre à Julie l’inefficacité totale de nos programmes scolaires.
Je vous encourage à lire ce livre (puis, à réagir et à agir...)
Virevolte a laissé un lien où le roman peut être consulté en format pdf.
Un autre extrait :
J’ai un peu dévié de notre route, remarqua Ishmael. Mais je voulais te montrer
un modèle d’éducation, celui de la vie tribale, qui convient aux gens.
Il fonctionne très simplement, sans coût, sans effort, sans administration d’aucune sorte.
Les enfants vont tout bonnement là où ils le désirent et passent leur temps
avec qui ils veulent pour apprendre ce qu’ils ont envie d’apprendre
au moment où ils en ont envie.
L’éducation d’un enfant n’est jamais identique à celle d’un autre enfant.
Pourquoi diable le serait-elle ?
(…)
Julie ne voit pas comment éduquer les enfants à la façon de Ceux-qui-laissent
dans notre monde organisé, sivilisé. Ishmael de demander :
- D’abord, dis-moi en quoi votre système fonctionne ou non, et pour qui ?
- Notre système est bon pour les affaires, mais il ne convient pas aux gens.

Un extrait, cette fois sur le sujet du « comment vivre et faire autrement ».
Ishmael résume :
- (…) vous souffrez d’un mal vague et sans doute incurable (…)
Je (Julie) fermai les yeux et, au bout de cinq minutes, une petite lueur
commença à poindre dans mon esprit. « J’ignore si c’est la vérité,
mais voici ce que j’entends quand je prête l’oreille :
"Bien sûr, vous pouvez sauver le monde, mais vous allez en baver. Ce sera très dur."

- Pourquoi ?
- Parce que nous devrons renoncer à plein de choses. C’est peut-être vrai, d’ailleurs.
- Non, Julie. C’est encore un gros mensonge de Mère Culture.
Elle a beau n’être qu’une métaphore, elle se comporte comme une véritable personne,
parfois. C’en est même étonnant.
D’après toi, pourquoi profère-t-elle ce mensonge-là en particulier ?

- Pour nous décourager et nous dissuader de changer, je suppose.
- Bien sûr. La fonction de n’importe quelle Mère Culture
consiste précisément à préserver le statu quo. (…)

Mère Culture désamorce chez vous toute volonté de changement
en vous persuadant que cela ne vous rapporterait rien de bon. (…)

- (…) Et pour vous, pourquoi tout changement serait-il fatalement néfaste ?
(demande Ishmael)

- Parce que nous détenons la perfection (ce qui fait partie, donc, de notre utopie).
Tout changement se ferait ipso facto pour le pire. (…)

Le message d’Ishmael (qui est vraiment un gorille, dans le roman) :
(…) Julie. Tu es mon messager, et voici quel est le message que je te délivre :
Ouvrez les portes de la prison et les gens en sortiront en masse.
Forgez des choses que les gens désirent, et ils afflueront.
Et lorsqu’ils vous montrent ce qu’ils désirent vraiment, ne craignez pas
de le regarder en face. Ne détournez pas les yeux
simplement parce Mère Culture
a donné à cela des noms péjoratifs.
Cherchez plutôt à comprendre pourquoi
elle a choisi ces noms-là.
- Parce qu’elle voulait nous en dégoûter, n’est-ce pas ? (demande Julie)
- Evidemment.


Les schémas sont copiés du roman, mais présentés à ma façon.

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Liens (les autres extraits du même roman de D. Quinn)
* Le principe civilisé (I)
* Genèse de la violence (II)
* Compétition et conflits, les tricheurs (III)
* Les déconnectés imposent (IV)
* L'idéal de paix (V)

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jeudi 22 juin 2017

Synthèse historique et questionnement

Les historiens exercent un grand pouvoir
et certains d’entre eux le savent bien.
Ils recréent le passé en le modelant selon leur propre interprétation.
Ce faisant, ils modifient aussi l’avenir.

– Frank Herbert

Voici une réflexion qui occupe mon esprit :
comment assainir notre fonctionnement tant personnel que communautaire, sociétal ?

Comme déjà signalé*, tout ce que nous vivons aujourd’hui
paraît avoir commencé au Proche-Orient-Mésopotamie-Egypte,
et, étonnamment, c’est le chaos là-bas en ce moment !


Si tu ne connais pas ton histoire, elle se répète.
– Elie Wiesel


Quelque chose a dérapé aux alentours de l’an -8'000 dans la région du Proche-Orient.
Qu’est-ce qui a dérapé, dévié du bon sens ?
Qu’est-ce qui a aliéné l’esprit des dirigeants
en rendant docile et soumis l’esprit de la population ?

Tout ce qui ne parvient pas à la conscience revient sous forme de destin.
– Carl G. Jung

Des probabilités, des pistes (vos participation et suggestions seront les bienvenues) :
A) L’inactivité des enrichis, ayant des esclaves pour travailler,
a eu pour conséquence (je pense) le développement de l’intellect
notamment de la pensée qui calcule et aussi, de la faculté d’abstraction.
Je les imagine débattre entre eux, afin de contrer l’ennui,
et de palier à leurs passivité et excès en tout genre (nourriture, boisson, etc.)
Comme on dit de nos jours « ils refaisaient le monde ».
Ils ont eu des idées et ont élaboré un plan d’action.
Peu à peu, ils ont imposé un mode de vie présenté comme idéal ;
alors que dans les faits, durant ces dix mille ans, il n’a été idéal que pour eux.
Ils ont commencé à aménager le monde,
afin de le faire correspondre à leur vision des choses.
Et le monde devient leur vision idéelle !
C'est ce que j’ai appelé une « bulle d’abstraction ». 
B) Face à leurs stocks (nourriture, puis or, etc.),
ainsi qu’en constatant tant d’humains disposés à se comporter (travailler)
et à obéir selon leurs volonté et désirs,
les dirigeants ont dû se retrouver sous le charme
produit par la sensation du pouvoir sur autrui,
par la griserie des sentiments de puissance et de supériorité ;
à quoi il faut ajouter leur mode de vie divin, bourré de privilèges et de dolce vita,
passé à préparer un monde contrôlable et rentable,
en se grattant le nombril (pendant que les esclaves…)
Il se pourrait qu’une forme de démence ait atteint leurs esprits.
(Je rappelle que l’humain se compose de trois centres majeurs de fonctionnement :
les centres de la sensation-instinctive, du sentiment et de l’intellect.
Lorsque l’un de ces centres dysfonctionne, faiblit, ou, à contrario, s’exalte,
cela se répercute sur les deux autres centres et, pire, cela occasionne une perte d’énergie).
Ceux-qui-prennent privilégie l’intellect au détriment des sensations-instinct
et du sentiment (impression générale comme affect).
La démence serait donc causée par l’inflation intellectuelle
qui aurait déréglé les deux autres fonctions de l'être.
Nos personnes sont devenues disharmonieuses,
nos rapports et relations sociales (tribales, à l'époque) également,
et nous semons la désolation dans l’environnement naturel. 
C) Selon certains : l’influence de Satan**.
En ce temps-là, avant et vers -10'000, il y avait sûrement de drôles de personnages,
des shamans, sorciers, guérisseurs et selon les premiers écrits, des mages.
Lorsque se pratique la magie blanche, la magie noire se pratique à proximité.
Ont-ils trouvé ou fabriqué une drogue particulière ?
Sommes-nous victimes d’un enchantement ou quelque chose comme ça,
ce qui expliquerait l’influence prodigieuse de Ceux-qui-prennent ?
Que s’est-il passé au juste en ce temps-là ?

Qui ne connaît pas l’histoire ne connaît rien.
– Edward Johnston

Même les Ecritures nous parlent de cette infection ou anomalie, de façon indirecte :
« après avoir fauté en mangeant le fruit de la connaissance du bien et du mal », etc.
On peut penser que ce peuple (Ceux-qui-prennent) a comme succombé au Mal ;
puis il a su exploiter le Mal et l’imposer au monde,
notamment en esclavagisant et en corrompant les membres des autres tribus
et en édictant ce qui étaient bien (des lois et devoirs pour mériter la nourriture)
ainsi que des interdits pour ce qu’ils jugèrent mal et mauvais pour leurs affaires ;
jusqu’à en arriver là où nous en sommes aujourd’hui.

La souffrance est un rappel de l’existence de l’âme
dans un milieu qui la dénie.

– Aviva

Les primitifs ne connaissaient pas le mal, ai-je écrit dernièrement.
Comment le croire,
puisque les humains ont toujours été méchants, cruels, cupides, etc. ?
Parce que les primitifs se confrontaient directement au mal,
ils ne le laissaient pas se développer, s’enraciner et envenimer leurs esprits.
Quand ils se retrouvaient dans une situation qui ne leur convenait pas,
ils réagissaient de suite, puis agissaient en sorte de ne plus se retrouver
dans cette situation. C’est-à-dire que le mal ne "s’installait" pas.
On peut dire que les primitifs passaient au travers du mal,
pour rester sains et satisfaits de leur existence.
Qu’est-ce qui fait que les tribus ont plié les unes après les autres ?

Le Mal s’est installé dans les esprits et propagé telle une épidémie dans le monde entier,
à partir d’environ -8'000.
Il s’agit donc, si c’est bien le cas, de l’identifier précisément,
puis d’éradiquer ce mal
; n’est-ce pas logique et sensé ?
Autrement, nous n’en sortirons pas, sixième Constitution ou non,
révolution ou non.

Et presque toute l’histoire est le succès des crimes.
– Voltaire

Comprendre, reconnaître, ce qu'il s’est passé à cette époque,
permettrait d’arracher les racines du mal une fois pour toute
(je parle du mal incrusté dans nos esprits, auquel nous nous sommes habitués,
avec lequel nous composons quotidiennement depuis environ 2'000 ans pour nous français,
et à partir duquel nous éduquons les enfants…)

Comment avancer, aller de l’avant, en se dépêtrant du malsain,
et en laissant la Terre reprendre des forces (ce qui serait vital pour nous, plus que pour Elle) ?
Il s’agirait, je pense, de composer avec ce que nous sommes naturellement
(nos cellules et donc, notre corps, s’en souviennent)
ainsi qu’avec notre récente capacité intellectuelle, mais
en ayant su tirer une leçon de ces dix mille dernières années
de démence si vile.

On ne peut plus revenir à un mode de vie primitif tant la planète est dégradée,
souillée, polluée, et dévastée de ses forêts…
Et aussi, nous sommes beaucoup, mais beaucoup trop nombreux.

Comment transcender tout cela,
en s’assurant impérativement d’avoir déraciné le mal ?
Il nous faut tenir compte que la plus grosse difficulté émane des dirigeants de ce monde
et de tous ceux se raccrochant à cette culture Ceux-qui-prennent,
car ils ne lâcheront rien.
Etant les seuls à profiter de ce système, ils en sont forcément satisfaits.
Ils n’ont aucun intérêt à changer quoi que ce soit,
et surtout pas à ouvrir les coffres à nourriture et eau fermés à clef.

Comment sortir de cette bulle d’abstraction,
de ce rêve qui n’est pas le mien (je ne puis vous impliquer) ?

Les endormis vivent chacun dans leur monde.
Seuls les éveillés ont un monde en commun.

– Héraclite

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Notes et liens
* Le principe civilisé (I) + les quatre autres publications II à V.
** Influence satanique (+ 18 ans)

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14h28 : j'ajoute une chanson de Rockin'Squat,
dont le propos se révèle d'une simplicité désarmant notre esprit enfermé dans une équation.
L'ego s'en retrouve tout désemparé, mais le coeur s'en réjouit et l'âme vibre...




mardi 20 juin 2017

L'idéal de paix (V)

Poursuivons avec la lecture de My Ishmael de Daniel Quinn.
Précédemment, nous avons vu comment se déroulaient les relations entre les uns et les autres.
Voyons maintenant les relations entre les nations, entre les divers Ordres religieux, races, etc.

D’une histoire que raconte Ishmael (le gorille) ressort la compétition incessante
se déroulant entre individus d’une même espèce.
Je rappelle que « Ceux-qui-laissent » appliquaient ce que nous pourrions nommés
– avec nos mots d’aujourd’hui (puisqu’ils ne s’en tenaient pas à des notions abstraites
telles celles de propriété privée ou de frontière) –, une « stratégie territoriale »
basée sur le postulat suivant, entre les individus :
« Attaque si tu es l’habitant et fuis si tu es l’intrus » ;
à quoi on peut ajouter, pour les groupes ou tribus :
« Rendez coup pour coup, mais ne soyez pas trop prévisibles »
sans s’acharner sur l’adversaire ni s’en prendre à sa nourriture, etc. ;
ce qui correspond à la stratégie intertribale des « attaques-surprises »
(encore en vigueur de nos jours pour les tribus évoluant hors sivilisation).

D. Quinn précise que les tribus primitives vivaient et vivent cela, sans tergiverser ni théoriser ;
c’est nous, les sivilisés en mal de contrôle qui analysons les comportements.
Remarque préliminaire : quand on y pense, vraiment et profondément,
la paix n’est qu’un concept, une idée, une abstraction car, dans la réalité des faits,
les humains étaient du temps des tribus comme ils sont de nos jours, pareillement :
« querelleurs, égoïstes, méchants, cruels, cupides et violents ».
Voilà la grande utopie : vouloir obliger, par la force, les humains à ne plus se quereller,
au lieu d’accepter et de faire avec (ce qui fut le cas avant, durant environ 200'000 ans !)
Il leur a fallu inventer une notion : la paix.
Il a fallu canaliser l’agressivité naturelle : la dévotion religieuse…
La paix se vit (comme la liberté) et se ressent. Le simple fait d’en parler et pire,
de théoriser à ce sujet, ne sont que démarches purement intellectuelles (bulle d’abstraction)
signalant que l’on n’est plus dans l’harmonie générale et que nous avançons contre-nature.
En état de paix, pas besoin de discourir à ce sujet.
Si je me sens libre, quelle intérêt de discourir sur la liberté ?

Poursuivons la récapitulation avec des extraits du roman

Julie est revenue dans l’appartement où se trouve Ishmael.
Je n’avais pas précisé que le gorille se trouve dans une pièce, derrière une vitre.
Julie se trouve face au gorille-savant, mais ils ne se voient qu'à travers la vitre,
étant chacun dans une pièce différente.
On n’en sait pas plus sur cet étrange Ishmael qui parle directement
dans la tête de Julie (ce qu’elle explique lors de leur première rencontre)…

Nous en sommes maintenant à ce qu’il s’est passé il y a dix mille ans
dans la région du Croissant fertile ainsi que du Proche-Orient, précise D. Quinn.
Proche-Orient : Iran (ancienne Perse), Anatolie (en Turquie) et la terre d’Israël.
NB : ces dernières années, des archéologues ont trouvé des ruines de villes (fortifiées,
donc organisées) datant d’avant les premières villes du Croissant fertile,
comme celle d’Ur des sumériens.
Göbekli Tepe, en Anatolie, daterait de 11'000 à 10'000 ans avant J-C !
« Remontant à 9.000 ans avant J-C, Çatal Höyük, en Anatolie, est considérée comme l'une des premières villes connues dans l'histoire. (…) les habitants de Çatal Höyük avaient le sens de la vie urbaine, étaient capables de planifier, de concevoir, de calculer et que leurs goûts artistiques étaient bien plus avancés que l'on ne l'eut cru.
Le professeur Ian Hodder, le responsable actuel de l'équipe de fouilles, affirme
que les données obtenues annulent totalement la théorie des évolutionnistes.
Il dit qu'ils ont déterré des œuvres d'art étonnantes dont les origines n'étaient pas claires.
» (Extrait tiré du site Wikipedia).
Dans la vallée de l’Indus, Pakistan, il semble que des villes se sont construites par la suite,
à partir de 5'000 ans avant J-C (ainsi qu’en Inde et Afghanistan).
Et encore, ailleurs, au Pérou, Amérique du Sud, ils ont trouvé des traces d’agriculture
remontant à 8'500 ans avant J-C !
En bref, l’histoire se précise ou se dément, selon les dernières découvertes archéologiques.

Nous avons déjà vu dans les publications précédentes qu’une tribu « danse » beaucoup
et se renforce d’individus, s’organise, s’outille, s’arme, etc.
D. Quinn parle de cette époque comme d’une « révolution » culturelle.
Des dirigeants émergent et commencent à changer la « culture » primitive
pour imposer leur culture « Ceux-qui-prennent ».


Ceux-qui-savent

Ishmael reprend son enseignement : 

- (Jusqu’alors) aucune (tribu) n’a asservi ses voisines ni n’a été asservie par elles.
Mais au Proche-Orient, un groupe de fermiers a commencé à empiéter
sur le territoire de ses voisins et à les assujettir. (…)
Une tribu dotée de ressources illimitées (grâce aux excédents de l’agriculture et à l’élevage)
et jouant à l’anéantisseur était quelque chose de nouveau sous le soleil.
Et une nouvelle donne peut saper les fondements d’une stratégie qui fut infaillible durant un million d’années. Comme rien ni personne ne leur résistait, Ceux-qui-prennent se prirent pour
les représentants de l’humanité tout entière et se donnèrent pour mission
de guider sa destinée. C’est encore le cas aujourd’hui
.
- En effet (dit Julie).



Soumettre et contrôler en imposant une culture unique

- Maintenant, j’aimerais considérer la révolution (la prise de pouvoir de Ceux-qui-prennent
sur les tribus avoisinantes) dans sa cinquantième année. Ceux-qui-prennent ont soumis
quatre tribus du Nord, que nous appellerons les Hullas, les Puala, Les Cario et les Albas. (…)
Avant que les Hullas, Puala, Albas et Cario soient envahis et soumis par Ceux-qui-prennent,
chaque tribu avait son propre mode d’organisation, (…)
Le mode des Hullas n’était pas le mode des Puala, le mode des Puala différait de celui des Alba
et celui des Albas du mode des Cario.
Leur seul point commun, c’est qu’ils fonctionnaient tous, chacun dans leur genre.
L’important, pour tous ces peuples, était d’avoir trouvé un système de relations
qui prennent les gens comme ils sont
. (…)
Chez les peuples tribaux, on ne trouve pas de lois interdisant un comportement perturbateur. (…)
Mais il existe des règles visant à limiter les dégâts provoqués par tel ou tel comportement perturbateur. (…), l’objectif n’est pas de punir, mais de réparer et d’apaiser les esprits, de sorte que tout retourne à la normale autant que faire se peut. (…) Je voudrais que tu comprennes à quel point cette démarche et ses effets sont différents de ceux de vos propres lois qui, au lieu de limiter les dégâts,
les augmentent et les multiplient, et cela, à travers tout le paysage social, détruisant les familles,
ruinant les vies et laissant aux victimes le soin de panser leurs blessures.
(…)
Avant d’être envahies par Ceux-qui-prennent,
ces tribus avaient coexisté de la façon habituelle,
en s’infligeant à l’occasion quelques attaques-surprises et ripostes.
Peux-tu me rappeler quel est l’intérêt de cette stratégie ?
- Elle permet à des tribus concurrentes de se maintenir sur un pied d’égalité.
- En effet. Mais Ceux-qui-prennent mirent fin à ce jeu intertribal,
puisque les Hullas, les Puala, les Cario et les Albas sont maintenant eux aussi devenus
Ceux-qui-prennent. N’est-ce pas ainsi que les hommes doivent vivre ?
- Il paraît.
- La stratégie des attaques-surprises s’est donc révélée dépassée, pour ces peuples.
- Oui.
- Mais alors, comment font-ils pour se maintenir sur un pied d’égalité ?
- Bonne question… Peut-être ne sont-ils pas en concurrence ?
- (…) Et pourquoi n’auraient-ils plus à se faire concurrence, d’après toi ?
- Eh bien, parce qu’ils sont du même bord, maintenant.
- Autrement dit, peut-être le tribalisme était-il en fait la cause de la compétition,
plutôt qu’une méthode permettant de la gérer à long terme plus ou moins pacifiquement.
Avec l’extinction de ces humbles tribus, la compétition disparaît et la paix règne enfin sur terre.
Je (Julie) lui dis que, pour ce qui était de la paix sur terre, je ne pouvais rien affirmer.
- Supposons que tu représentes le peuple des Cario, Julie. C’est un été très sec et vos voisins du Nord,
les Hullas, ont endigué un cours d’eau dont vous vous serviez pour irriguer vos champs.
Qu’allez-vous faire maintenant que vous êtes tous du même bord ? (…)
Le fait d’être du même bord ne met pas fin à la compétition au sein d’une même espèce, après tout.
Que vas-tu faire ?
- Je vais demander aux Hullas d’ouvrir leur barrage.
- Bien sûr. Et ils te répondront : « Non, sans façon. Si nous avons endigué le ruisseau,
c’est pour irriguer nos propres champs.
- Ils pourraient partager.
- Non, ils disent qu’ils ont besoin de toute l’eau disponible.
- Alors je ferai appel à leur fair-play.
Soudain, il y eut comme une rafale de vent derrière la vitre.
Je levai les yeux et vit qu’Ishmael se tordait de rire.
J’imagine que tu plaisantes (rétorque Ishmael).
- Oui.
- Bon. Alors, que comptes-tu faire pour ce ruisseau, Julie ?
- Je suppose qu’il va falloir faire la guerre.
- Evidemment, c’est une possibilité.
(…)
Julie demande s’ils ne pourraient pas se faire quelques attaques-surprises.
- Très bien. Les Cario, devenus fermiers, vont donc mener quelques attaques-surprises.
Face à cela, les Hullas vont devoir décider s’ils ont toujours avantage à endiguer le cours d’eau.
- Donc, c’est la guerre quoi qu’il en soit (…)
- Quelle est la différence, d’après toi (entre les attaques-surprises et la guerre) ?
- Dans un cas, on se contente de rendre coup pour coup ;
dans l’autre, on veut soumettre les gens pour les obliger à faire ce qu’on désire.
- C’est exact.



De nos jours, notre élan naturel ressort chez les jeunes gens

Ishmael me demande si le jeu des attaques-surprises était pratiqué de nos jours chez Ceux-qui-prennent. Après réflexion, je lui dis qu’il se pratiquait entre bandes de jeunes.
- Bien vu, Julie. En effet, les bandes rivales emploient cette stratégie pour se maintenir sur un pied d’égalité. Et que veulent faire ceux de ta culture avec ces bandes de jeunes ?
- Les supprimer, bien sûr. En finir avec elles une bonne fois pour toutes.
- Naturellement (…)



Ceux-qui-prennent-et-savent dénaturent pour tout contrôler

- Autant entrer en guerre vous semble acceptable, autant le jeu des attaques-surprises
vous semble inadmissible. Depuis le début, Ceux-qui-prennent ont toujours été hostiles
à cette stratégie tribale.
A mon avis, c’est parce que les attaques-surprises échappent par essence à tout contrôle
exercé par une organisation extérieure, ce qui n’est pas du tout du goût de Ceux-qui-prennent.
Ils veulent tout gérer, tout organiser, et ne tolèrent pas qu’il puisse se passer dans leur entourage
quelque chose qui leur échappe.
(…)
- Au point où nous a entraînés notre discussion, tu es bien placée pour constater que la compétition
entre des peuples ayant le même style de vie recouvre nécessairement plus de choses que la compétition entre peuples ayant des styles de vie différents.
Les fermiers rivalisent davantage avec des fermiers qu’avec des chasseurs-cueilleurs.
- Bon sang, c’est vrai ! Donc, en créant un monde rempli de fermiers,
nous avons élevé le niveau de compétition au maximum.

- C’est en effet ce qui se passe entre les Hullas, les Puala, les Cario et les Albas, Julie.
Ils étaient déjà en concurrence lorsqu’ils avaient des modes de vie différents.
Depuis qu’ils vivent tous de façon identique, leur rivalité n’a fait que s’accentuer.
(…)
- Ceux-qui-prennent ont abandonné l’ancienne stratégie de maintien de la paix (…)
Qu’ont-ils trouvé pour la remplacer ?
Après quelques minutes de débat intérieur, je répondis : « On dirait que Ceux-qui-prennent
se sont offerts eux-mêmes en substitution. Ils se sont décrétés gardiens de la paix. »
- Oui, Julie. Ils se sont institués administrateurs du chaos et, depuis,
ils improvisent de génération en génération avec plus ou moins de succès. (…)
Le crime est une industrie multimilliardaire,
les enfants achètent de la drogue au coin de la rue,
et les citoyens poussés à bout passent leur colère en se tirant dessus.



Les gardiens de la paix édictent une loi

Ishmael demande à Julie quelle loi ont mis en place Ceux-qui-prennent
pour faire cesser les attaques-surprises qui assurent indépendance des tribus et égalité.
L’ancienne loi, non écrite mais allant de soi pour tous les primitifs du monde entier
était : « Battez-vous contre vos voisins (les attaques-surprises),
mais pas entre vous » (entre individus de la même tribu).

- Alors, quelle est cette nouvelle loi, Julie ?
- On ne doit se battre contre personne.
- Bien entendu. Et comme tu viens de le souligner, cela signifie qu’avec la stratégie
des attaques-surprises, c’est l’indépendance tribale qu’on a jetée aux oubliettes.
Ceux-qui-prennent voulaient administrer un monde où les gens travaillent,
non un monde où les gens perdent du temps et de l’énergie à jouer aux attaques-surprises.
- Evidemment.


Commentaire : nous avons "assisté" à l'avènement des notions abstraites de :
non-violence et de paix, et découvrons l'intention cachée derrière ces concepts.



La nature humaine reste enfouie, malgré les interdits

Ishmael explique :

Les gens avaient beau appartenir à un nouvel ordre mondial, cela ne les empêchait pas d’être aussi
querelleurs, égoïstes, méchants, cruels, cupides et violents que par le passé.
Mais la loi tribale n’était plus là pour modérer les effets de ces comportements. (…)
Alors comment Ceux-qui-prennent vont-ils traiter les comportements perturbateurs des gens qu’ils gouvernent ?
Que vont-ils faire au sujet de l’adultère, de l’agression, du viol, du vol, du meurtre, etc. ?
- Ils vont le proscrire.
- Bien sûr. Proscrire n’était pas dans l’esprit de la loi tribale, qui servait à limiter les dégâts
et à réconcilier les gens dans chaque tribu. (…)
Selon l’esprit tribal, il est stupide de formuler une loi dont on sait qu’elle sera transgressée.
Cela ne ferait que discréditer l’idée même de loi. Or, de toute loi qui se présente sous la forme
« Tu ne feras pas cela », on sait qu’elle sera transgressée, peu importe ce qui suit.
(…) depuis le tout début, la loi de Ceux-qui-prennent est une accumulation de règles
dont on sait qu’elles seront violées, et elles l’ont été immanquablement jour après jour
pendant dix mille ans. Ce qui n’est guère surprenant. (…)
Et puisque depuis le tout début vos lois impliquent dans leur formulation même
leur propre violation
, il vous a fallu trouver quel traitement infliger à ceux qui ne les respectent pas.
- Ceux qui enfreignent la loi doivent être punis.


Commentaire : et la religion officielle nous a inculqué de culpabiliser car nous sommes des pécheurs.
Punir et se sentir coupable, afin d’accepter le système des punitions.

Ishmael continue : 

- (…) Pendant dix mille ans, vous avez conçu et multiplié des lois dont vous saviez très bien
qu’elle seraient bafouées, et aujourd’hui il en existe des millions qui sont, pour la plupart,
violées des millions de fois par jour. Connais-tu personnellement quelqu’un qui n’ait jamais enfreint la loi ?


Commentaire : Ceux-qui-prennent nous ont appris à… tricher, se mentir
et mentir aux autres (notamment pour ne pas être puni), etc.


Ishmael d’appuyer là où ça fait mal :
 
- Les représentants que vous élisez pour faire respecter ces lois les violent eux-mêmes.
Et les piliers de votre société trouvent à s’indigner que certaines gens aient si peu de respect pour elles.
(…)
Le noyau de la révolution (culture, dont les nouvelles lois, de Ceux-qui-prennent) se trouvait toujours
au Proche-Orient et dans le Croissant fertile (…) Là-bas, on en était encore aux prémices
de ce qui constituerait la plus grande innovation de votre culture, après l’agriculture totalitaire
et la confiscation de la nourriture : l’écriture.
Mais cinq mille ans s’écouleraient avant que les logographes de la Grèce classique ne songent à utiliser
cet outil pour archiver le passé des hommes. Quand ils s’y mirent, voici grosso modo le portrait
qu’ils en firent : « La race humaine est née il y a un millier d’années dans la région du Croissant
fertile. Depuis toujours elle tire sa subsistance des cultures, elle cultive donc la terre
aussi instinctivement que les abeilles construisent des ruches. D’instinct, elle est aussi encline
à la civilisation. Donc, dès sa naissance, la race humaine s’est mise à cultiver la terre
et à construire la civilisation. »
Il n’y avait évidemment plus aucune souvenance du passé tribal de l’humanité
qui avait pourtant perduré des centaines de milliers d’années.
Il avait disparu sans laisser de traces en tombant dans le Grand Oubli.



Les maîtres du monde comblent le vide du Grand Oubli

Ishmael explique, concernant le savoir-vivre de Ceux-qui-laissent, « il fallait bien que ceux de la culture (Ceux-qui-prennent) le détruisent pour devenir maîtres du monde » :

Certains de remplacer ce qu’ils détruisaient par quelque chose d’aussi bien sinon de meilleur,
ils s’y sont efforcés et s’y efforcent encore, servant aux gens tout ce qu’ils peuvent trouver pour combler
le vide. L’archéologie et l’histoire racontent depuis cinq mille ans comment, l’une après l’autre,
chaque société de Ceux-qui-prennent a cherché une recette qui calme, inspire, amuse, distraie les gens
et leur fasse oublier un malheur qui ne veut tout simplement pas disparaître. Fêtes, divertissements,
grandes pompes, cultes solennels, jeux du cirque, quête perpétuelle du pouvoir, luxe, richesses, sports,
concours, combats, guerres, croisades, intrigues politiques, chevalerie, exploration du monde,
honneurs, titres, alcool, drogue, jeu, prostitution, opéra, théâtre, arts, gouvernement (…) radio, TV,
cinéma (…), jeux vidéos, ordinateurs (…) il y en a pour tout le monde.
Mais si bien des gens ont ainsi comblé le vide de leur existence, seule une infime partie a pu espérer
accéder aux bonnes choses qui étaient jadis accessibles à tous.
De même aujourd’hui, seul un petit pourcentage d’entre vous peut espérer vivre comme les milliardaires,
stars de cinéma, champions, top models, bref tous ceux dont la vie vaut d’être vécue, à ce qu’on dit.
Pour la plupart, vous êtes des parents pauvres. (…)
La vie tribale n’était pas une combinaison de nantis et de démunis.
Pourquoi les gens auraient-ils supporté un tel arrangement, à moins d’y être forcés ?
(…) le mode de vie de Ceux-qui-prennent a toujours engendré des riches et des pauvres,
ces derniers constituant l’écrasante majorité des humains.
Comment les démunis auraient-ils pu découvrir la source de leur infortune ?
A qui auraient-ils pu demander pourquoi le monde est ainsi fait qu’il favorise une poignée d’individus (…) ?
A leurs gouvernants, leurs maîtres, leurs patrons ? Sûrement pas.
(…)
Peut-être comprends-tu maintenant pourquoi tant de gens de ta culture scrutent le ciel
avec l’espoir d’entrer en relation avec des dieux, des anges, des prophètes, des extraterrestres
ou des esprits défunts. (…)
- Oui, je le comprends maintenant.
- Alors tu sais où mène cette route. Même si elle ne s’arrête pas là, évidemment.
- Ouf ! Je suis heureuse de l’apprendre.



dimanche 18 juin 2017

Tant qu'il est temps

Quelques extraits de textes écrits et parus sur l’ancien Souffle de songe,
avant d’introduire une autre chanson de Rockin’Squat
traitant de notre rapport bizarre, voire perturbé, au temps.
Remarque : on s’en fiche que ce soit du hip-hop ou autre style
(sortir des cases, des étiquettes et des modes, pour s’intéresser à la qualité).

Préambule (valable pour tous les textes publiés sur ce blog)

En toute circonstance,
il vaut mieux garder l’esprit souple,
capable de tout considérer :
la thèse et l'antithèse,
les détails et l’ensemble.

Il est des mots, qu’il faut juste effleurer,
et tenter d’en saisir l’expression ou le sentiment global,
parfois une réflexion ou un sens cachés.


Au sujet du temps

Le mouvement se déroule par vagues :
courants ascendant et descendant,
flux et reflux,
observer et agir,
inspiration et expiration.

Une existence offre tant de temps…
Cependant, suite à un enchantement abstrait,
en raison de notre marche pré-pensée et calculée,
si peu de temps à disposition pour soi et les autres.
Tout pour la société, pour sa croissance.

Pas le temps, jamais le temps,
« comme le temps passe »,
le temps de faire ceci,
qu’il est temps de faire cela !

Comme cette relation au temps nous tend les nerfs !

Il a été décrété, un jour, que la majeure partie des humains
ne disposeront de leur temps qu’à partir de la retraite.
Disposer de son temps, de son existence
(quelles idées saugrenues !)

T'est-il arrivé, ne serait-ce qu’une fois,
de te demander pour quoi, au nom de quoi,
 nous devions fonctionner de la sorte ?

Là est l'énigme :
nous adhérons quasi tous à ce mode de vie,
sans remettre en question quoi que ce soit de fondamental.

Tac, tic, tac, tic…

Ah, mais c’est vrai, j’écris et perds du temps,
alors qu’il faut aller travailler, rentabiliser son temps.

Pas le temps de réfléchir, de récapituler, d’être attentif aux autres.
Le temps n’est qu’une notion, bien exploitée par les « supérieurs ».


Tic, tac, tic, tac, tic, tac, tic…

La tactique du temps esclavagiste.

Tac, tic, tac…

Qu’ai-je fait de ma vie ?
À quoi ressemble mon existence ?
 

Tic, tac, tic, tac…

La tactique du temps contrôlé et rentabilisé
par des tacticiens fort Malins.

Tic, tac, tic…

Suivant le déroulement du mouvement,
quand il est temps de dire non, par exemple, et que nous n’en profitons pas,
l’évolution se poursuivant, il sera trop tard pour refuser par la suite,
car sera venu le temps d’autre chose, d’une autre posture.

Il s’agit d’agir au moment approprié.

L’évolution se poursuit quoi qu’il en soit,
elle est la maîtresse du temps.

Si nous allons en enfer, l’évolution se poursuit en enfer ;
si nous dévions, l’évolution se poursuit dans une autre direction ;
si nous chutons, l’évolution se poursuit jusqu’à l’impact ;
en vieillissant, on parle d’involution, qui est évolution.

Le jour où l’évolution ralentira ou cessera,
ce sera fort probablement la fin des temps,
la mort de l’univers, sous cette forme en tout cas.

Comment chevaucher le temps ?
En portant un max. d’attention à ce que l’on ressent, pense et fait,
en oubliant les aiguilles des horloges, les dates des fêtes-de-la-consommation,
et en éprouvant ici et maintenant, chaque instant qui passe,
l’intensité du moment, la vibration harmonieuse du vivant,
sans chercher à vouloir selon nos idées et désirs.

Réapprendre à reconnaître et à apprécier ce qui est (naturel),
plutôt que de poursuivre à non-vivre au sein de ce que nous voulons qui soit.





vendredi 16 juin 2017

Divine scission

Un rouleau de papyrus a été trouvé dans une grotte.
Il semble avoir été écrit vers l’an – 10'000 avant J-C.
Voici son contenu, inédit, tel quel :
Les mythes furent pensés et écrits,
afin de prédisposer à accepter, à trouver normal,
que les richissimes vivent autrement, chichement,
sans être soumis aux lois qu’ils édictent dans leurs clubs privés.
Accepter leurs lubies, leurs caprices cruels, leurs désirs immodérés,
et leurs incessantes parties d’échec sur lesquels nous sommes les pions.

Ne pas s’occuper des affaires des riches dieux ni leur dérober du feu,
se répète inlassablement le téméraire mais loser Prométhée.

Les hommes d’en bas n’avaient pas intérêt à regarder les déesses (sauf au ciné),
à part si l’un d’eux était choisi par l’une d’elles. En ce cas,
l’heureux élu pouvait rejoindre les cieux,
là où on peut "jouer" avec les angelots,
à condition, toutefois, de posséder une carte bancaire gold,
et que la déesse soit satisfaite après les frotti-frotta d’enfer.

Un jour d’ennui sidéral,
Dieu sépara les cieux de la terre.
Commentaire : cela ne veut absolument rien dire !
… ?
Comment séparer le ciel (immatériel) de la terre (matérielle) ? 
C’est comme vouloir séparer le feu des bûches de bois.
J’m’imagine, avec peine, un feu brûlant dans les cieux,
alors que des bûches se consument sur terre.
?
La Terre se meut dans ce que nous désignons par le ciel, non ? 
Comme quoi, la voie des « supérieurs » est vraiment impénétrable.

Revenons à la véritable histoire du monde :

Par ce biais, divin, absolument abstrait,
mais écrit noir sur blanc, officiellement estampillé Qualité©666,
nous avons accepté la hiérarchie, l’idée d’une organisation dictée par Dieu
qui a voulu l’Ordre terrestre à l’image de l’Ordre céleste ;
sous-entendu, suggestion subliminale,
que les riches ordonnent et commandent
alors que les autres obéissent, en imitant les dieux.

Dieu céleste-des-intellectuels veut le bien de tous,
et il sait ce qui est bon pour tout le monde sur Terre !
Une évidence puisqu’il est Dieu parmi les dieux. Tssss

En exclusivité,
voici l’idée qui traversa les esprits supérieurement cokés  codés
et remplis de plans géniaux flottant parmi des bulles de champagne
et quelques rares neurones sains :
Prétendre, par écrit signé-daté, que Dieu du monde de l’abstraction,
un jour qu’il se promenait sur un nuage avec des ciseaux à la main,
a été pris d’une soudaine lubie de « séparer » sa création en deux.
Les Cieux et la Terre furent.

Les plus perspicaces d’entre vous auront reconnu les débuts de la lignée de Tmore,
et auront compris la finalité de la création d’Adam et Eve : inventer les magazines.
Tmore eut pour mission de mettre de l’ordre dans le milieu chaotique des paparazzi,
c’est pourquoi il naquit avec une paire de ciseau à la place des pouce et index.

Maintenant, voici le scoop plus exclusif que l’exclusivité :
Figurez-vous que Dieu fit un collage de l’ancien univers tout découpé !
Dieu ne sépara pas seulement les cieux de la terre, il découpa tout,
puis recomposa à son idée du moment.
Notre univers est, en fait, un ré-assemblage, une composition !
Suite à quoi, il organisa une exposition qui remporta un franc succès.

Dieu-soucieux-de-notre-bien, à nous les rêveurs de liberté perdue,
fit naître des bébés à sang bleu, pour l’organisation sociale.
Sur la tête de certains, une couronne poussa.
Sur le cœur des autres apparut une tâche de vin en forme de croix.
Les stupides primitifs de la Terre faillirent manger ces bébés
(ils mangeaient les nouveau-nés difformes ou étranges),
mais une femme de caractère, Lilith je crois, s’insurgea car
c’était le troisième bébé qu’on voulait lui manger. Marre !
Il fut décidé d’attendre un peu, un sursis quoi, pour voir.
C’est ainsi que les bébés rois et papes furent sauvés.
Et la société sivilisée fut, dans le monde d’en bas.

Comme Dieu était enfin satisfait de sa création,
le Bien, qui est sacrifice céleste, don de soie cousue d’or,
descendit sur Terre où le Mal insufflait des désirs de liberté aux esclaves.
Et, au fil des aiguilles qui tournent dans les horloges,
le monde sivilisé prit la forme suivante :
- des propriétés privées de ouf, situées dans les cieux luxueux*****,
- des locations d’espaces délimités et grillagés pour les esclaves et les bourgeois
pataugeant sur la terre des-insignifiants-juste-bon-à-tisser.

Les Ecritures furent pensées pour semer la confusion dans les esprits candides,
restés fascinés par des constructions impressionnantes,
et par les armes terrifiantes des sbires servant les sang bleu,
ainsi que par les bijoux hideux que les dieux assurent être très « chers »
(une nouvelle notion pour stimuler l’apprentissage du calcul et faire tisser plus d’heures par jour).

Ensuite, faisant du bénévolat, les dieux pensèrent des lois,
pour nous apprendre à dompter la part réfractaire de notre personnalité,
l’impure, celle qui est reliée à la terre ;
et, pris dans un élan créatif d’ingéniosité maligne,
« autant faire d’une idée deux profits » fut le slogan du jour,
les lois servirent à recadrer les récalcitrants et à emprisonner les opposants.
Et il plut sur terre des interdits balisant les chemins tout tracés d’avance
pour les esclaves de plus en plus diplômés et angoissés par leur propre ignorance.

Les dieux sont soucieux du bien et de la sécurité des races inférieures.
L’espoir est important, c’est pourquoi un dieu poète particulièrement inspiré
s’écria, au son des trompettes de Jéricho : « l’espoir fait vivre »,
et il  fit le buzz sur le Net des Cieux toujours nets. Bingo. Jackpot.

Ainsi, les humains parvinrent à développer une personnalité-positive-attitude,
celle reliée directement, par Internet, au ciel.
Les papes firent, dès lors, beaucoup d'efforts pour contrôler et punir le refoulé.

Puis, au fil du temps, "ils" estimèrent que les esclaves vivaient trop confortablement.
En effet, certains prenaient des initiatives en exprimant des velléités de modification,
alors que d’autres tentaient de revenir à un mode de vie plus simple, primitif.
Voyez-vous ça !
Et les bourgeois grossissaient et s’empâtaient à vue de cyclope (en voie de disparition).
Certains d’entre eux devenaient puissants et de plus en plus exigeants.
« Justice, équité, plus de vacances payées, etc. » baragouinaient-ils dans un langage grossier,
à peine compréhensible pour les subtils esprits dominant depuis les cieux.
Ainsi furent inventés les impôts,
car le royaume de Dieu n’est accessible qu’aux pauvres.

Etc. (Ils ne sont jamais en manque d’idées, là-haut,
c’est pourquoi il y a autant de nuages, pour qu’on ne les leur vole pas).

Bienvenue dans The (paraît qu’y parlent et comprennent l’anglais, en haut)
dans The bulle d’abstraction, brillamment pensée,
par… les premiers intellectuels ?

Sat  Le Dieu de la Terre ?

Hein ? Ma mère ?


jeudi 15 juin 2017

L'autre (en soi) ?

Certains maîtres à penser ont parlé « d’un autre en soi-même ».

Qui est cet autre ?

* * * * * * * * * * * * * * * *

Auparavant, pour nous français, il y a environ 2'000 ans et durant,
selon les dernières estimations archéologiques, environ 200'000 ans,
nous vivions la Culture de Ceux-qui-laissent, dite primitive.

Ceux-qui-laissent ne "prenaient" que ce dont ils avaient besoin.
Ils ne produisaient pas de déchet ni de construction de mégalo ni autre.

Quand les humains se sont regroupés, chaque tribu vivait comme elle le voulait.

On nous parle, officiellement, de Ceux-qui-laissent comme étant des « primitifs ».
Souvenez-vous l’image qu’on nous a inculquée au sujet d’eux,
même au-travers de dessins-animés, reportages TV et films :
des Cro-Magnons qui mangeaient de la viande crue, qui ont découvert le feu, etc.
On nous a induit une représentation des plus péjoratives des Ceux-qui-laissent.
Burk ! Des barbares, tous ignares, sales et brutaux…
(Ils ont agi pareillement pour décrire les Natifs d'Amérique, notamment dans les vieux films Western)

« Ils étaient aussi futés que toi, Julie.
Chaque génération a eu son lot d’esprits doués
»,
a précisé Ishmael en  parlant de Ceux-qui-laissent.
Julie, c’est nous, les lecteurs. Les primitifs étaient donc aussi futés que nous,
mais en étant libres, allant au rythme des vents, de leurs envies
et des saisons (cueillette et, pour certains, un peu d’agriculture).

Le monde sivilisé de Ceux-qui-prennent,
mené par l’intellect exalté de nos dirigeants déments,
a pensé-construit une bulle d’abstraction, en mettant sous clef la nourriture.
"Ils" ont pensé une administration hiérarchisée autour de cette nourriture
(roi, armée, commerce, bâtiments en forteresse sécurisée pour stocker les biens, etc.)
ou plutôt, une gestion tyrannique qui ne profite qu’à ceux-qui-ont-déjà-trop-
et-qui-veulent-prendre-plus-encore.
Dès lors, il a fallu mériter sa nourriture, et remercier Dieu à chaque repas.
Pour la mériter, il a fallu obéir à des supérieurs, à leurs lois et interdictions,
"danser" et payer des impôts pour pouvoir manger comme "ils" voulaient,
aux heures qu’"ils" voulaient, ce qu’"ils" estimaient bon pour nous, à un rythme imposé.

Et nous avons appris à calculer, calculer, et calculer encore,
notamment ce qu’il fallait danser pour obtenir ceci et cela,
combien il reste à danser avant la promesse de la retraite...

Le temps c’est de l’argent, ai-je entendu si souvent quand j'étais jeune.
Les horloges marquent les temps de "danse",
et ce qu’il reste pour un minimum de divertissements.
Les banques prennent notre argent afin de s’enrichir en spéculant…
Toute cette organisation abstraite nous bouffe notre temps, et nos âmes.

* * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * * *

Cette longue introduction pour se mettre dans le bain et se rendre compte
à quel point ce mode de vie contre-nature a brisé nos rythmes
et liens directs, allant de soi, avec l’environnement naturel.
Nous nous sommes extraits de l’harmonie générale qui régnait naturellement
entre les diverses formes de vie ainsi qu’entre les divers regroupements d’humains.
Et, depuis notre bulle d’abstraction, nous avons commencé à mépriser la Nature,
encouragé notamment par les Ecritures soi-disant dictées par Dieu Himself
(oui, il est probablement anglais, maintenant américain).

La question du jour :
Se pourrait-il que ce mode de vie sivilisé (de Ceux-qui-prennent)
ait eu comme effet notamment de scinder nos personnes en deux parties ?





De nos jours, une part de nous devient "bien éduquée",
plus ou moins ambitieuse et intégrée à la culture Ceux-qui-prennent.
Ego diplômé, rêvant de grimper les échelons d’une pyramide virtuelle.
La promesse d’une carotte à l’âne domestiqué, esclavagisé, en somme.
Tout cela, au détriment de l’autre part de nous qui se voit refoulée et méprisée,
qui reste prostrée notamment par la privation de liberté de mouvement.

Cette sorte de dédoublement de personnalité est incontestable.
Chacun peut l’observer. C’est plus flagrant la nuit (pour ceux qui sortent).
Le jour, certaines personnalités sont tout à fait conformes, RAS de suspect ;
mais de nuit,
lorsqu’elles sortent se divertir, elles apparaissent sous un autre jour.
On parle en ce cas de « double-vie ».

Vous suivez le propos ?
Voyez-vous où je veux en venir ?

L’autre-soi-même pourrait être le primitif, cette part de nous maltraitée
(c’est-à-dire le souvenir cellulaire, inconscient, d’un autre mode de vie),
que l’on maintient enfermé dans un cachot, en notre ombre ;
mais qui se manifeste notamment lorsque nous sommes ivres,
ou au travers de nos mœurs sexuels,
ou en s’octroyant la liberté de se tatouer (par exemple),
et aussi, en constatant la brutalité de certains hommes dans certaines circonstances, etc.

Chacun de nous oblige sa personne à s’adapter au temps règlementaire
et au rythme scandé par la machinerie sociétale imposant un mode de vie,
ce qui est contre-nature,
ce qui est violence contre soi-même,
plus précisément contre l’autre-en-soi-même (puisque, comme vu,
il se peut que ce mode de vie nous dissocie en deux personnalités distinctes,
dont l’une reste contenue et donc, violentée).

En résumé :
Il pourrait bien être survenu un clivage en nos personnes, il y a longtemps,
une dissociation entre un moi civilisé et le moi sauvage, originel, refoulé.
Clivage qu’on nous incite à entretenir en faisant avec, au quotidien.
Et nous apprenons à nos enfants à scinder leur personnalité en construction…

Cette hypothèse expliquerait les névroses et, notamment,
que nous sommes toujours en conflit intérieur, ambivalents,
déchirés, en souffrance, insatisfaits de notre existence, déprimés,
menant des double-vies (ou plus) en rêvant de liberté.

Cette probable scission intérieure (à chacun de vérifier)
nous empêcherait de nous sentir entier et conséquent.

Ceux-qui-laissent n’étaient sûrement pas clivés comme nous le sommes actuellement.
Leurs personnalités devaient être entières : une unité entre corps et tête,
entre sentiment (impression générale) et raison,
entre action (directe et spontanée) et réflexion,
entre soi et le monde extérieur…

L’autre-en-soi, est-il une victime multimillénaire
de la Culture Ceux-qui-prennent-et-qui-ne-donnent-rien
et qui détruisent toujours ce qui reste derrière ou en marge d’eux ?


Phrase à méditer :
On ne peut compter que sur soi
pour avoir une chance de danser avec soi.

Rockin' Squat (extrait d’un morceau)