mercredi 20 septembre 2017

Uniformité ? Anormalité.

Voici quelques extraits du roman « Dosadi » de Frank Herbert,
(la présentation et les caractères en gras sont de mon fait) :
Considérons maintenant l’imprégnation particulière conférée à l’individu
par les différents types de gouvernement.
Tout d’abord, il convient d’identifier sans se tromper la force gouvernante primaire.
Pour cela, examinons attentivement l’histoire humaine.
Les Humains, on le sait, furent de tout temps soumis à de multiples contraintes,
celles des oligarques, des autocrates ou des ploutocrates,
des avides de pouvoir des différentes républiques, des majorités et minorités tyranniques,
sans oublier le charme trompeur de la démocratie, des instincts profonds
ou des impulsions juvéniles.
Dans tous les cas, la force gouvernante,
au sens où nous voulons vous faire entendre ce concept,
représentait aux yeux de l’individu concerné l’autorité dont il croyait
que dépendait sa survie immédiate
.
C’est essentiellement la notion de survie qui détermine l’imprégnation.
Durant une grande partie de l’histoire humaine les P-DG des Grandes Compagnies
ont brassé plus de potentiel de survie dans leurs remarques officieuses
que les traditionnelles figures de proue politiques. (…)
Celui qui travaille à sa propre survie modifie son imprégnation,
et par là même ses croyances
.

Un autre extrait, une histoire racontée aux enfants de tous les peuples
(de toutes les planètes de l’univers, dans le roman SF) :
Un jour, il y a de cela très longtemps, une majorité tyrannique
s’empara du gouvernement.
Elle voulait rendre égaux tous les individus.
Cela signifiait que personne ne devait surpasser en rien son voisin.
L’excellence en toute chose était à prohiber ou à dissimuler.
Les tyrans avaient fait tourner leur gouvernement à très grande vitesse,
« au nom du peuple ».
Ils avaient supprimé, partout où la chose était possible, les lenteurs de la bureaucratie.
Le temps de réflexion était réduit.
Sans se douter qu’ils agissaient en vue de satisfaire leur désir inconscient
de prévenir tout changement,
les tyrans essayaient d’enrober les populations dans une grisaille uniforme.
 
Ainsi, la puissante machine gouvernementale se mit à tourner de plus en plus vite,
entraînant avec elle tous les rouages importants de la société.
Dans la même heure, des textes de lois étaient conçus et mis en application.
Les structures sociales changeaient d’aspect à une allure suicidaire.
Les gens devenaient incapables de faire face à la véritable évolution
réclamée par l’univers.
Ils étaient, en fait, paralysés.
C’était l’époque de la fameuse « monnaie de verre », forte le matin,
dévaluée à la tombée de la nuit.
Poussés par leur passion de l’uniformité, les tyrans se faisaient de plus en plus puissants
tandis que tous les autres devenaient plus faibles.
 
De nouvelles administrations, des secrétariats, des ministères aux attributions
fantaisistes se créaient chaque jour pour devenir les citadelles
d’une nouvelle classe de dirigeants,
une aristocratie dont la seule raison d’être était de maintenir l’élan
de la grande roue destructrice qui semait la violence et le chaos
dans tout ce qu’elle touchait.

Uniformité, globalisation, un ordre mondial,
une pensée unique et un comportement conforme :
n’est-ce pas un sujet tout-à-fait d’actualité ?
Dans toutes ses manifestations, l’ingénierie comportementale dégénère invariablement
en manipulation pure et simple.
Elle ramène tout le monde – manipulateurs et manipulés –
à un « effet de masse » mortel.
Le postulat selon lequel de telles interventions permettraient d’obtenir
des réactions comportementales uniformes et constantes est une tromperie
dénoncée par de nombreuses espèces (…)
Ils ont établi le caractère absolument fallacieux du « Principe de Walden » :
« Chez toute espèce qui se reproduit par brassage génétique et où, par conséquent,
chaque individu constitue un spécimen unique,
toute tentative d’imposer une matrice décisionnelle fondée sur une prétendue uniformité
des comportements est infailliblement condamnée à avoir des répercussions tragiques.

Concernant les lois et institutions sociales, notamment de justice :
Justice est due à ceux qui la demandent,
mais que le plaignant prenne garde de créer par son action une nouvelle injustice
et d’imprimer un inexorable mouvement au balancier sanglant de la vengeance.
 
Chaque individu réagit selon des préjugés et des convictions
si profondément enracinés en lui qu’il se trouve d’avance conditionné
à ne pas les remettre en question
.
Par conséquent, à celui qui prétend s’ériger en juge,
il convient de poser la question suivante :
« En quoi avez-vous personnellement été offensé ? »
Et le juge, à partir de là, devra commencer à poser ses questions
aussi bien vers l’intérieur que vers l’extérieur
.
 
Les gens se trouvent toujours des justifications.
Des lois rigides et immuables ne fournissent guère
qu’une base commode aux justifications de chacun,
et aux préjugés qui les supportent.
La seule loi universellement acceptable par les mortels
serait celle qui permettrait n’importe quelle justification.
Quel non-sens évident !
La loi a pour rôle au contraire de dénoncer les préjugés
et de mettre en doute les justifications.
La loi doit être souple et variable afin de s’adapter
aux exigences nouvelles à mesure qu’elles apparaissent.
Autrement, elle n’est là que pour servir de justification aux puissants
.
 
Plus il y a de contraintes, plus il faut contraindre.
C’est la route du chaos.

Concernant le soi-disant intérêt général ou souci démagogique :
Nous sommes affligés d’un régime corrompu qui favorise
les actions aussi bien immorales que parfaitement illégales.
Dans le comportement quotidien des factions au pouvoir,
l’intérêt général ne revêt aucune signification pratique.
Ceux qui nous gouvernent ne se préoccupent nullement
d’affronter les véritables problèmes de notre monde.
Sous le couvert du service public, ils se servent de tout
ce qui passe entre leurs mains pour en tirer des avantages personnels.
Seul le pouvoir les motive,
et le pouvoir les rend fous.
Un exemple concret : j’ai appris dernièrement, en voyant un reportage TV
sur les centrales nucléaires (visible sur le blog de Des mots),
que le but premier d’une centrale nucléaire n’est pas de fournir de l’électricité,
comme on le croit généralement,
comme je le croyais (« en France, électricité moins chère grâce aux centrales », etc.),
et comme les médias nous le font croire :
le but premier d’une centrale nucléaire consiste à... produire... du plutonium !
L’électricité est, je cite, « un bénéfice secondaire ».
Les gouvernements (qui se succèdent), leurs représentants très officiels,
ne pensent effectivement qu’à leurs intérêt et avantage personnels.
(Voyez ce reportage et écoutez la suite, c’est affligeant,
notamment la dévalorisation monétaire du plutonium, qui est extrêmement dangereux…)


Un autre sujet, la violence et ses attributs (comme les armes) :
Quand les moyens de la violence sont répandus partout,
rien n’est plus dangereux pour les puissants que de semer la haine et l’injustice,
car l’injustice et la haine à leur tour appelleront d’inévitables représailles.
Deux exemples concrets d’inconséquence, ou de dessein stratégique ?
- Le gouvernement Sarko qui avait alimenté, ouvertement,
publiquement, le conflit entre les français chrétiens et musulmans.
- Et maintenant, le gouvernement Macron qui monte les français les uns contre les autres,
notamment en traitant les opposants à la loi du travail de « fainéants ».
Dans le milieu populaire et bourgeois, il n’y a pas pire qu’un fainéant.
Entre deux maux, un père préférerait savoir son fils bandit plutôt que fainéant.
J’ai la désagréable impression que ces gouvernements encouragent les haines primitives,
sciemment.
Si c’est le cas, à quelle fin ?
Diviser pour régner,
subdiviser pour être encore plus puissant
et fragmenter pour avoir le pouvoir absolu.
 * * *
QUESTION : Qui dirige les dirigeants ?
REPONSE : L’entropie.

Au sujet du système monétaire :
Peut-on dire que des populations soient informées et consentantes lorsque,
ignorantes des mécanismes internes de leur système monétaire,
elles sont entraînées à leur insu dans des aventures économiques ?

Voici un acronyme (que je ne connaissais pas) et sa signification (à méditer) :
G.i.g.o. : Garbage In, Garbage Out. 
« Ordures à l’entrée, ordures à la sortie » ; expression signifiant
que la qualité des résultats est nécessairement tributaire
de la qualité des données à l’entrée (explication de l’éditeur).
Commentaire : eh ben, vu la quantité monstrueuse de déchets que nous générons,
nous aurions intérêt à repenser à ce que nous entrons comme données…


Un dernier extrait (déjà publié une fois), à méditer :
Il existe des formes de déraison qui, poussées à leur paroxysme,
peuvent devenir de nouveaux modèles de raison.
Combien de paliers de déraison avons-nous passés ?
Combien de nouveaux modèles de raison ont été imposés, entreposés les uns sur les autres,
depuis, au moins, Babylone ?

Quel nouveau modèle de raison est-on en train de nous imposer (révolution industrielle 4.0) ?


2 commentaires:

  1. Eric,
    J'ai vraiment dur retard sur la SF.
    Ce genre de conte donne vraiment réfléchir, comme un miroir.
    Thierry

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    1. On ne peut tout lire/connaître (j'ai été rat de biblio durant une dizaine d'années et me suis rendu compte du nombre impressionnant d'ouvrages...)
      Bon jour Thierry

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