mercredi 29 novembre 2017

Ensemble, à chacun son bidule

Nous vivons une belle et grande époque,
qui nous veut tous réunis, en étant "connectés".

Connexion pour tous.
Haut débit et, bientôt,
débit double !
S’inscrire rapidement pour une offre promotionnelle.


Communiquer directement, se parler, nuit gravement à la "croissance".


Plutôt se retrouver connecté, de gré ou de force, par l’intermédiaire d’un bidule,
que de ne savoir que faire de sa liberté et de son temps,
en ne pouvant pas se procurer des artifices ni laper des bulles de champagne.

Vivre sans produire, ni acheter de l’inutile ni jeter ce qui lasse et pollue ?
Il n’est pas inscrit « barbare primitif » sur mon front.

« Incivilité = tolérance zéro ».

Mis à part les clodos, les zonards, les gitans,
les purs, les immigrants et les étrangers pauvres,
tous ensemble, les yeux dans les yeux par écrans interposés,
ma voix numérisée parmi toutes les voix du monde enregistrées,
nos doigts touchant sensuellement, en même temps, les tactiles supports,
notre voie dans la voie du Cerveau artificiel Central,
à écouter les mêmes chansons formatées, modélisées,
à voir les mêmes films produits par les multinationales,
à s’efforcer d’entendre les mêmes discours remplis de promesses
d’un avenir toujours plus rapide, civilisé, bétonné, "enjardiné",
dans un environnement très high-tech-sexe,
où, grâce aux miraculeux pesticides, les délicates publicités fleurissent,
en gavant nos sentiments d’émotions et de suggestions pré-pensés, "personnalisés",
et calculés pour rentabiliser (les avoirs de certains) au bout de quelques heures seulement !

Haine canalisée contre les minorités sauvegardant leurs âmes.

Tous guidés, managés, conseillés, induits, téléguidés.

Tous, ensemble, à suivre la même direction.
L’unique direction possible.
Tous les chemins mènent à la croissance du PIB
(Pouvoir de l’Intérêt-dette Bancaire).

Tous rendus et considérés à la même enseigne,
de la Nouvelle-Zélande à la Sibérie,
de l’Europe aux USA,
du Japon au Chili,
à "progre$$er" comme un seul homme,
qui court-roule-vole toujours plus vite,
le sourire fixé – dents blanches garanties durant 3 mois,
4 contre supplément non déclaré.

Tous ensemble, le nez dans le smartphone,
à se parler par réseaux sociaux,
en commentant ce qui se dit
et en "likant" les meilleurs commentateurs du monde.
Et tout cela sans choper les microbes du voisin !

Ensuite, orgie (les lieux sont désinfectés).

Et dire, c’est merveilleux et réconfortant,
que nos enfants participent à la "croissance" du monde en marche,
une contribution active, et si capitale, de leurs part$ !
Ce sera quand même leur monde, demain.
Enfin,
quoi que,
puisque nous serons sommes immortels.

Tous ensemble, immortels,
projetés sur un écran géant 3D,
à se voir regarder nos écrans,
ad vitam æternam,
pendant qu’ils décident de ce qui est nuisible ou non,
cette plante, cet arbre, cet animal, cet humain, peuvent disparaître.

Tous ensemble,
qu’on va se le prendre,
le mur,
en même temps,
de plein fouet !

Un  splash général  grandiose.

Hamburger géant.





4 commentaires:

  1. Ouille, je te sens comment dire, dégoûté ? écœuré ? désappointé, dépité, désabusé, désenchanté, désillusionné ? Oui, on continue droit dans le mur malgré tout !

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    1. :) Tout cela à la fois ! Bien senti.
      Coucou Virevolte

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  2. Eric,
    LOL. C'est un peu le thème d'une nouvelle dans la revue "scribultations" que j'ai lue récemment. Comment la relation amoureuse se dégrade avec totes ses distances et se clarifie (ou pas) ou du moins s'apaise droit dans les yeux.
    @+

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    1. Merci Thierry,
      parce que, malgré le propos des plus tragiques (et glauque),
      j'ai ri en le préparant
      ;)
      C'est bô ce que tu écris sur la relation (amoureuse ou non)
      qui "s'apaise", voire "se clarifie",
      lorsqu'on se regarde droit dans les yeux.
      A toute

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