jeudi 14 décembre 2017

Tarot, Gurdjieff et Nietzsche

Introduction

Rappel⁹, pour apprendre à se connaître, à se comprendre soi-même :
(…) il est nécessaire de commencer par le commencement, c’est-à-dire de
s’observer soi-même comme si l’on ne se connaissait pas du tout,
comme si l’on ne s’était encore jamais observé.
– G. I. Gurdjieff

L’humain (hume-anus, en latin) fonctionne telle une machine :


Regardez attentivement l’orientation illogique des roues
(nous croyons diriger nos vies, mais il n’en est rien) :


Chacun est soumis à l’accidentel, « à ce qui arrive »,
et les autres planètes nous influencent
ainsi que le soleil et les étoiles,
et ce qui dépasse notre entendement ;
toute vie organique sur Terre dépend,
reste sous l’influence, de leurs relation et activité).



Tarot et Gurdjieff, puis Nietzsche

Étude de nos fonctions par l’intermédiaire de l’arcane majeur du Tarot
nommé « le Monde ».
Revenons sur ce que disait G. I. Gurdjieff :
L’activité entière de la machine humaine est divisée
en quatre groupes de fonctions nettement définis.


Chacun (des groupes) est régi par son propre "cerveau" ou "centre".
En s’observant lui-même,
un homme doit différencier les quatre fonctions fondamentales de sa machine :
les fonctions intellectuelle,


émotionnelle,



motrice



et instinctive.


Chaque phénomène qu’un homme observe en lui-même
se rapporte à l’une ou l’autre de ces fonctions.
C’est pourquoi, avant de commencer à observer,
un homme doit comprendre en quoi diffèrent les fonctions ;
ce que signifie l’activité intellectuelle,
ce que signifient l’activité émotionnelle,
l’activité motrice et l’activité instinctive.

La « machine humaine » est divisée en quatre groupes ;
cependant,
les fonctions motrice et instinctive forment, ensemble, un centre,
étant régies par un unique "cerveau" : le moteur-instinctif.



L’image du Monde, du Tarot, exprime tout cela, et plus encore...

Le bœuf symbolise la force musculaire, l’endurance, la docilité, le labeur, etc. ;
ce qui est à relier avec notre fonction motrice.

Le lion symbolise l’instinct sauvage, amoral, vif, rusé, cruel, carnassier.
L’instinct nous relie à la mémoire cellulaire, génétique ;
c’est-à-dire que le "savoir" de cette fonction est inné et multimillénaire.
Notons que le lion, dans l’arcane le Monde, est auréolé,
ce qui signifie que la fonction instinctive a été sublimée (ou transcendée),
sous-entendu que la personne maîtrise parfaitement ses élans pulsionnels
et parvient ainsi à canaliser l’énergie instinctive (rattachée à l’élément feu)
à souhait, afin de l’utiliser, de la diriger, vers un but plus noble, par exemple.

L’ange symbolise l’émotion sublimée (ou transcendante).
Tous sentiment et émotion désagréables, nocifs, parasitaires, ont été purifiés.
Le rapport à l’émotionnel devient supérieur (à la norme), autre, intense.

L’aigle, également auréolé, symbolise l’Esprit.
L’esprit, au sens d’activité intellectuelle mécanique,
se développe jusqu’à devenir Esprit.
À ce sujet, C. G. Jung parlait de « métanoïa » (renaissance par l'Esprit),
qui représente un aboutissement au processus d’ « individuation ».

* * *

J’ajoute un extrait du livre Ainsi parlait Zarathoustra, de F. Nietzsche,
copié dans le chapitre « des trois métamorphoses ».

NB : par association, notons que dans l'extrait qui suit,
le chameau est un animal de bât, comme le bœuf.
Symboliquement, l'enfant est une âme pure et innocente, comme un ange.
Nous retrouvons ainsi le bœuf (le chameau), le lion et l’ange (l’enfant) du Tarot.

Je vous énonce trois métamorphoses de l'esprit :
comment l'esprit se mue en chameau,
le chameau en lion
et le lion, enfin, en enfant.
Il y a beaucoup de pesants fardeaux pour l'esprit robuste,
aimant à porter de lourdes charges et que le respect habite (...).
Qu'est-ce qui est lourd ? demande l'esprit habitué aux lourdes charges,
et le voici qui s'agenouille, pareil au chameau, il veut qu'on le charge bien.

(...)

Nietzsche développe ensuite divers fardeaux de l'esprit.
C'est (...), de tout ce qu'il y a de plus pesant
dont se charge l'esprit qui aime à porter les fardeaux :
tout pareil au chameau qui, une fois chargé se hâte vers le désert,
lui aussi se hâte vers son désert.
Mais dans le désert le plus reculé se fait la seconde métamorphose :
l'esprit ici se change en lion, il veut conquérir sa liberté
et être le maître dans son propre désert.
Son dernier maître, il le cherche ici :
il veut devenir son ennemi et l'ennemi de son dernier dieu,
il veut se battre pour la victoire contre le grand dragon.
Quel est ce grand dragon que l'esprit ne veut plus appeler ni maître, ni dieu ?
« Tu dois », tel est le nom du grand dragon*.
Mais l'esprit du lion, lui, dit : « Je veux. »
« Tu dois » l'attend au bord du chemin, couvert d'écailles, dorées,
miroitantes et sur chaque écaille étincelle en lettres d'or : « Tu dois. »
Des valeurs millénaires brillent sur ces écailles
et ainsi parle le plus puissant de tous les dragons :
« Toute valeur de toute chose, - elle brille sur moi. »
Toute valeur a déjà été créée et toute valeur créée, c'est moi.
En vérité, il ne doit plus y avoir de « Je veux ! » Ainsi parle le dragon.
Mes frères, pourquoi est-il besoin du lion de l'esprit ?
L'animal de bât ne suffit-il donc pas, lui qui renonce et qui est plein de respect ?
Créer des valeurs nouvelles – le lion lui-même n'en est pas encore capable –,
mais conquérir la liberté pour des créations nouvelles
– voilà ce que peut la puissance du lion.
Créer sa liberté et opposer même au devoir le « non » sacré :
à cette fin, mes frères, il est besoin du lion.
Prendre le droit de créer des valeurs nouvelles
– c'est la conquête la plus terrible pour un esprit accoutumé aux fardeaux et au respect.
A la vérité cela lui paraît être de la rapine et l'affaire de bêtes de proie.
Il aimait jadis, comme son bien le plus sacré, le « Tu dois » :
or le voilà obligé de trouver illusion et arbitraire jusqu'au cœur
de ce qu'il y a de plus sacré, afin d'arracher sa liberté à son amour :
c'est le lion qu'il faut pour un tel rapt.
Mais dites, mes frères, de quoi l'enfant est donc capable dont ne le fut pas le lion ?
Pourquoi faut-il donc que le lion féroce devienne un enfant ?
L'enfant est innocence et oubli, un recommencement, un jeu,
une roue roulant d'elle-même, un premier mouvement, un « oui » sacré.
Oui, pour le jeu de la création, mes frères, il est besoin d'un « oui » sacré :
c’est sa volonté que l'esprit veut à présent,
c'est son propre monde que veut remporter celui qui est perdu au monde.
Je vous ai dit trois métamorphoses de l'esprit :
comme l'esprit devient chameau, le chameau lion, et le lion enfin enfant.

L'image de l'arcane le Monde pourrait représenter ces métamorphoses de l'esprit :
l'esprit est d'abord boeuf (le chameau de Nietzsche),
ensuite il peut devenir un lion,
puis parvenir à l'état d'ange (l'enfant).

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Note et lien

* Le « tu dois », le « dragon » dont Nietzsche fait allusion,
me semble correspondre, en grande partie, au « surmoi » de la psychanalyse.

La définition du dictionnaire de la psychologie Larousse :
« Surmoi, ensemble des interdits moraux introjectés.
(…) fonction (intérieure) d’autorité et de censure morale,
obligeant le moi à lutter contre certaines pulsions instinctuelles,
sous peine de voir naître des sentiments pénibles,
principalement de culpabilité (…)
». 
S. Tomasella a écrit au sujet du surmoi :
« Le surmoi présente une complexité paradoxale (…)
Il a tendance à être :
- soit aveuglément pulsionnel dans ses injonctions à la jouissance ou à la punition,
- soit abstrait et mental dans ses préceptes moraux,
voire intellectualisant pour argumenter et justifier ses idéaux.
»

⁹  Connais-toi toi-même...
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2 commentaires:

  1. Eric,
    Découverte pour moi au pas à pas sur la pointe des pieds. Merci.
    Thierry

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    Réponses
    1. Tu vas finir par faire de la danse, en tutu
      :))
      Salut Thierry

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