mercredi 10 janvier 2018

Etude de la Loi de Sept (G XI)

Dans cette rubrique paraît une série d’articles portant sur la connaissance de soi,
articles se composant d’extraits de l’enseignement de G. I. Gurdjieff,
selon les notes prises par P. D. Ouspensky, l’un de ses élèves.

G. I. Gurdjieff tenait sa connaissance de la « tradition ancienne ».

Ma motivation : se désenvoûter (un max. d'entre nous). 

Soyez votre propre flambeau et votre propre recours.
– Sagesse orientale
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Étudier le monde et se comprendre soi,
s’étudier soi pour comprendre le monde :
Selon la vraie connaissance,
l’étude de l’homme doit se poursuivre parallèlement à l’étude du monde
et l’étude du monde parallèlement à l’étude de l’homme.
Les lois sont partout les mêmes, dans le monde aussi bien que dans l’homme.
Une fois saisis les principes de n’importe quelle loi, nous devons rechercher
sa manifestation simultanément dans le monde et dans l’homme.
De plus, certaines lois sont plus faciles à observer dans le monde,
d’autres plus faciles à observer dans l’homme.
(…)
Cette étude parallèle de l’homme et du monde montre à l’étudiant
l’unité fondamentale de tout ce qui existe
et l’aide à découvrir les analogies entre tous les phénomènes de différents ordres.

G. I. Gurdjieff aborde les deux lois fondamentales.
Il évoque rapidement la Loi des Trois Principes, avant d’expliquer la Loi de Sept :
Le nombre des lois fondamentales qui,
dans le monde et dans l’homme régissent tous les processus,
est très restreint.

Différentes combinaisons numériques d’un petit nombre de forces élémentaires
créent toute l’apparente variété des phénomènes.
Pour comprendre la mécanique de l’univers,
il faut résoudre en ces forces élémentaires les phénomènes complexes.
La première loi fondamentale de l’univers est la loi des trois forces,
des trois principes, ou bien, comme on la nomme souvent, « la Loi de Trois ».
Selon cette loi, dans tous les mondes sans exception, toute action,
tout phénomène résulte d’une action simultanée de trois forces
– positive, négative et neutralisante.
(…)
La seconde loi fondamentale de l’univers est la « Loi de Sept »
ou « Loi d’octave » (dite aussi Loi de Neuf).
Pour comprendre la signification de cette loi,
il faut se représenter que l’univers « consiste en vibrations ».
Ces vibrations s’effectuent dans toutes les sortes de matières,
quels que soient leur aspect et leur densité,
depuis la plus subtile jusqu’à la plus grossière ;
elles proviennent de sources variées
et vont dans toutes les directions, s’entrecroisant, se heurtant,
se fortifiant, s’affaiblissant, s’arrêtant l’une l’autre et ainsi de suite.

La loi de Sept comprend un principe de discontinuité,
difficile à admettre par notre culture :
(…), la façon de voir de l’ancienne connaissance
s’oppose à celle de la science contemporaine,
parce qu’elle met à la base de sa compréhension des vibrations
le principe de « discontinuité ».
Le principe de la « discontinuité des vibrations » signifie que
le caractère nécessaire et bien défini de toutes les vibrations dans la nature,
qu’elles soient ascendantes ou descendantes,
est de se développer « de manière non uniforme »,
mais avec des périodes d’accélération et de ralentissement.
Ce principe peut être formulé avec une précision plus grande encore,
en disant que la force d’impulsion originelle des vibrations
n’agit pas de manière uniforme,
mais en quelque sorte se renforce ou s’affaiblit alternativement.
La force d’impulsion agit sans changer de nature
et les vibrations se développent selon un mode régulier
pendant un certain temps seulement,
qui est déterminé par la nature de l’impulsion, par le milieu,
par les conditions environnantes et ainsi de suite.
En bref : une vibration propulsée (un élan, par exemple, ou une action)
ralentit au bout d’un moment, puis se brise et dévie (cf. schémas ci-dessous).
G. I. Gurdjieff explique cela avec l’exemple de la gamme musicale :
Les lois qui déterminent le ralentissement des vibrations
ou leur déviation de la direction première
étaient bien connues de la science ancienne.
Ces lois étaient dûment incorporées dans une formule
ou un diagramme qui s’est conservé jusqu’à nos jours.
En cette formule, la période à l’issue de laquelle les vibrations sont doublées*
était divisée en « huit » échelons inégaux,
correspondant au taux de progression des vibrations.
Cette période, c’est-à-dire la ligne de développement de vibrations,
mesurée à partir d’un nombre donné de vibrations jusqu’au moment
où ce nombre est doublé, est appelé « octave », ou « huitaine ».
(…)
Sous le voile de cette formule, l’idée d’octave a été transmise de maître à élève,
d’une école à une autre. En des temps très anciens, une de ces écoles
découvrit la possibilité d’appliquer cette formule à la musique.
C’est ainsi que fut obtenue la gamme musicale de sept tons
qui fut connue dans l’antiquité la plus éloignée, puis oubliée,
et retrouvée ou "découverte" à nouveau.
(…)
(…) les manifestation de la loi d’octave dans les vibrations d’autres sortes,
nous verrons que les lois sont partout les mêmes. La lumière, la chaleur,
les vibrations chimiques, magnétiques et autres sont soumises
aux mêmes lois que les vibrations sonores ;
par exemple, la gamme lumineuse, connue de la physique ;
en chimie, le système périodique des éléments, (…)
Une étude de la structure de la gamme musicale offre une base excellente
pour la compréhension de la loi cosmique d’octave.
(…)
Si nous en comprenons tout le sens, la loi d’octave nous donne une nouvelle explication
de la vie entière, du progrès et du développement des phénomènes sur tous les plans
de l’univers dans le champ de notre observation. Cette loi explique pourquoi
il n’y a pas de lignes droites dans la nature, et aussi pourquoi nous ne pouvons
ni penser ni faire, pourquoi tout en nous « se pense », pourquoi tout en nous arrive,
et arrive en général d’une manière contraire à celle que nous désirons ou attendons.
Tout cela est manifestement l’effet immédiat des intervalles ou du ralentissement
dans le développement des vibrations.
Qu’arrive-t-il précisément lors du ralentissement des vibrations ?
Une déviation a lieu, la direction originelle n’est plus suivie. (…)



A chaque octave, la déviation est plus accentuée,
de sorte que la ligne des octaves arrive à former un demi-cercle
et va dans une direction opposée à la direction originelle.

Le même phénomène se répète dans toutes les sphères de l’activité humaine.
Dans la littérature, la science, l’art, la philosophie, la religion,
dans la vie individuelle,
et par-dessus tout, dans la vie sociale et politique, nous pouvons observer
comment la ligne de développement des forces dévie de sa direction originelle, et,
au bout d’une certain temps, va dans une direction diamétralement opposée,
« tout en gardant son premier nom ».
Une étude de l’histoire entreprise de ce point de vue fait ressortir les faits les plus étonnants, mais l’ "humanité mécanique" ne désire pas les remarquer.
(…)
La loi d’octave explique maints phénomènes de nos vies (…)
Le premier est celui de la déviation des forces.
Puis vient le fait que rien au monde ne reste à la même place, ou ne demeure identique ;
tout se meut, tout se déplace, change, et, « inévitablement, monte ou descend »,
se renforce ou s’affaiblit, se développe ou dégénère,
c’est-à-dire se meut sur une ligne d’octave soit ascendante, soit descendante.
Et le troisième point est que dans le développement même des octaves,
ascendantes ou descendantes,
se produisent continuellement des fluctuations, des crues et des décrues. (…)
Rien ne peut se développer en restant au même niveau.
La monté, ou la descente, est la condition cosmique inévitable de toute action.
Nous ne comprenons et ne voyons jamais ce qui se passe autour de nous et en nous,
soit parce que nous ne tenons pas compte de l’inévitabilité de la descente (…),
soit parce que nous prenons la descente pour une montée.
Ce sont là deux des causes fondamentales de nos illusions sur nous-mêmes.
(…)
Quel que soit le domaine de notre vie que nous considérions,
nous pouvons voir que rien ne peut y demeurer égal et constant ;
partout et en toutes choses se poursuit l’oscillation du pendule,
partout et en toutes choses les vagues s’élèvent et retombent. (…)
Ces montées et ces descentes, ces fluctuations de nos humeurs, de nos pensées,
de nos sentiments, de notre énergie, de nos déterminations, correspondent
soit aux périodes du développement des forces d’un « intervalle » à l’autre,
soit aux « intervalles » eux-mêmes.


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Note et liens

* En musique, les vibrations doublées représentent, pour la note « do »,
toutes les notes et les intervalles jusqu’au « do » de l’octave, inférieure ou supérieure.

Au sujet de la Loi de Trois :
- Ishtar
- Trois cerveaux
- Ennéagramme, le symbole mystérieux
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2 commentaires:

  1. Eric,
    Cet article résonne bien en moi
    Éclairer son propre chemin
    le sonar de la vie qui agit tout seul
    On cherche ce que l'on trouve
    Thierry

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    Réponses
    1. C'est l'effet Gurdjieff : provoquer des résonances à tous niveaux.
      L'esprit buté et factice s'en retrouve d'abord bousculé, irrité, contrarié,
      alors que le sentiment, ambivalent, se réjouit de cette déconvenue,
      et que l'instinct s'échauffe devant l'inconnu.
      L'être se met à vibrer,
      laissant l'intuition opérer.
      Alors, le mental lâche prise,
      et la conscience déploie ses ailes vers d'autres possibles...

      A + Thierry

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