samedi 17 février 2018

Guerre contre l'espoir

À tous ceux qui luttent contre le capitalisme à outrance,
détruisant notre environnement naturel et nourricier.
Avec vous,
Zadistes et autres mouvements d’opposition.


Elles ont de sacrées paires d’ovaires bien accrochées à leurs trompes
et ils ont de grosses paires de couilles, les Zadistes et autres.
Eux tous, chacun à sa manière, ils ont tant de courage !
Ce courage qui fait défaut aux embourgeoisés.

Leur audace maintient allumée une flamme en eux,
une joyeuse envie de vivre de façon plus simple,
avec moins de contraintes et de dettes, par exemple.
Vivre de façon sensée et équilibrée.
Ils ont le cran d’oser.
D’oser quoi ?
D’oser dire « STOP » et d’agir en fonction.
Oser agir en fonction de ce que l’on ressent être juste et sain.
Oser désobéir aux décisions insensées et autodestructrices des gouvernements
obnubilés par les intérêts de Ceux-qui-ont-trop-et-en-veulent-davantage.
Oser écouter sa conscience, la voix du bon sens
et, surtout, agir en fonction,
au détriment de l'image sociale ou autre considération intérieure,
et avec le risque (certain) d’être fiché « dangereux ».
Ni terroristes ni bandits ni voleurs ni hors-la-loi, les Zadistes,
juste des personnes lucides sur les conséquences à long terme
de notre mode de vie de consommateurs-pollueurs myopes.

Ils nous ouvrent des portes, nous montrent l’exemple.

Leur combat n’est pas égoïste,
il nous concerne tous.
Ils se mobilisent pour nous tous.
Sentiment de reconnaissance.
Ils ont choisi la liberté d’être
plutôt que l’entrave de l’âme,
soumise aux avoirs de la finance.

Motivés qu’ils sont, beaucoup de ces Zadistes.
Certes pas parfaits, mais déterminés.

Quelque chose vibre juste dans leur lutte.
Quelque chose que chacun devrait ressentir : l’appel du vivant.

Ils sont en train de prouver, par les faits, ni plus ni moins,
que d’autres modes de vie sont possibles,
mais cela dérange en haut lieu.

Dangereux,
de prouver qu’on peut se passer des multinationales
ainsi que des institutions sociales et de leurs soi-disant spécialistes.


Les Zadistes agissent,
désavouant et se dégageant ainsi du délire de notre société.
Nous, les autres, participons pleinement au rêve-délire américain soit,
à la destruction massive du vivant.

À qui la honte ?
Qui est à blâmer ?

Qui sont les véritables salopards ?
Ne jamais se fier aux apparences.
Ceux qui causent le plus de tort à la planète et ses habitants
sont vêtus de costards-cravate et se déplacent en jet privé.

Que leur arrivera-t-il, après l’échéance hivernale, aux Zadistes ?

Maintenant que la victoire contre la construction d’un aéroport a été fêtée,
qui se soucie d’eux, devenus, du coup, des squatteurs territoriaux ?
À qui appartient la Terre ?
Qui peut prétendre détenir, posséder la Terre,
et décider de qui peut disposer de parcelles de terrain ?
La notion abstraite de propriété :
un germe de violence et d'iniquités.
En prévision, l’Etat déploie un arsenal impressionnant,
aux frais, tout aussi impressionnant, des embourgeoisés :
des dizaines de cars remplis de policiers hyper armés (quel coût ?),
des flics-Rambo gagnant moins de 2'000 € par mois pour traquer,
surveiller, arrêter et malmener des personnes refusant les inégalités
nous frappant pourtant tous, policiers compris.
Et des drones (quel coût ?) avec Dieu sait quelles nouveautés progressistes,
pour venir à bout de ces personnes qui démontrent, depuis des années,
que la joie de vivre, la créativité, le partage entre les uns et les autres,
qu’autre chose que rentabiliser, c'est possible, là, aujourd’hui.

31 mars, fin de l’espoir, d'un Rêve ?

Enfin,
c’est ce que veulent croire les dirigeants et leurs marionnettistes.

Cependant,
le 31 mars pourrait bien voir débuter l’ère de l’imprévisible.
La représentation de l’inconnaissable a commencé.
On ne peut rien contre le pouvoir du Rêve.
Les idéaux, le tout-contrôle, les calculs incessants,
les privilèges, etc., tout cela est très éphémère.
Le Rêve est vie, permanence de l’essence.
Comment arrêter, brider, incarcérer, lobotomiser, tuer, un Rêve ?


 

vendredi 16 février 2018

Se considérer, et considérer que... (G XVII)

Après le mécanisme global d’identification,
G. I. Gurdjieff aborde ce qu’il nomme « la considération ».
Pour ce dernier, la « considération intérieure » est une forme d’identification
générant des suppositions (intérieures) et affirmations (extérieures),
ce qui nous rend exigent avec les autres.

Il me semble que la considération de Gurdjieff est à relier avec l’importance de soi,
par exemple avec l’ambition d’être reconnu socialement, publiquement.
Cette considération intérieure semble due à l’image de soi ou idéal du moi.

Si je saisis le "mécanisme" :
on s’identifie à tout et on se construit à partir de modèles de référence ;
puis, à partir de cette identification (intérieure),
on se donne le droit de considérer que…,
c’est-à-dire d’avoir un avis, des certitudes et des exigences.

Voici ce qu’en disait G. I. Gurdjieff :
Après avoir étudié l’identification en général,
il faut prêter attention à l’un de ses aspects particuliers :
l’identification aux gens,
qui prend la forme de la "considération".
 
Il y a plusieurs sortes de considération.
Dans la plupart des cas, l’homme s’identifie à ce que les autres pensent de lui,
à la façon dont ils le traitent, à leur attitude à son égard.
L’homme pense toujours que les gens ne l’apprécient pas assez (…)
Tout cela le tracasse, le préoccupe, le rend soupçonneux ;
il gaspille en conjectures ou en suppositions une quantité énorme d’énergie,
il développe ainsi en lui une attitude méfiante et hostile à l’égard des autres.
Comment on l’a regardé, ce qu’on pense de lui, ce qu’on a dit de lui,
tout cela prend à ses yeux une importance énorme.
(…)
Et le point de départ de son jugement est toujours
que les choses peuvent et doivent être changées.
L’ "injustice" est un de ces mots qui servent souvent de masques à la "considération".
(…)
Il y a des gens capables non seulement de "considérer" l’injustice
ou le peu de cas que l’on fait d’eux,
mais de considérer même le temps qu’il fait.
Cela semble ridicule, mais c’est un fait :
les gens sont capables de considérer le climat,
la chaleur, le froid, la neige, la pluie ;
ils peuvent se fâcher et s’indigner contre le mauvais temps.

Commentaire : il est intéressant de relier la « considération » avec deux des accords toltèques
« ne pas faire de supposition » ainsi que : « ne réagir à rien de façon personnelle ».

Poursuivons :
L’homme prend tout d’une façon personnelle,
comme si tout dans le monde avait été spécialement aménagé pour lui faire plaisir,
ou au contraire pour lui causer des désagréments et des ennuis.
(…)
Ce genre de considération se fonde entièrement sur les "exigences".
L’homme, en son for intérieur, "exige" que tout le monde le prenne pour
quelqu’un de remarquable, auquel chacun devrait constamment témoigner respect,
estime et admiration, pour son intelligence, sa beauté, son adresse, son humour,
sa présence d’esprit, son originalité et toutes ses autres qualités.
(…)
Il y a encore une autre forme de "considération"
qui peut enlever à un homme une grande partie de son énergie.
Elle a pour point de départ l’attitude qui consiste à croire
qu’il « ne considère pas assez une autre personne »,
et que celle-ci en est offensée. (…)
Tout cela n’est que faiblesse.
Les hommes ont peur les uns des autres.
Et cela peut mener très loin. J’ai vu de tels cas bien souvent.
Un homme peut aller de la sorte jusqu’à perdre son équilibre,
s’il en eut jamais,
et se conduire de manière complètement insensée.
Il se fâche contre lui-même et ressent à quel point il est stupide,
mais il ne peut pas s’arrêter, parce qu’en l’occurrence
toute la question est précisément de "ne pas considérer".
Un autre exemple, peut-être pire encore,
est celui de l’homme qui considère qu’à son sens il "devrait" faire quelque chose,
alors qu’en fait, il n’a absolument rien à faire.
(…)
L’homme ne peut pas s’empêcher de s’identifier et de "considérer intérieurement",
(…)
L’identification, la considération, l’expression des émotions désagréables
sont des manifestations de sa faiblesse, de son impuissance,
de son incapacité à se dominer.
Mais, ne voulant pas s’avouer cette faiblesse,
il l’appelle "sincérité" ou "honnêteté"
et il se dit qu’il ne désire pas lutter contre sa sincérité,
alors qu’en fait il est incapable de lutter contre ses faiblesses.
(…)
J’ai parlé jusqu’ici de la considération intérieure.
Il serait possible d’en donner beaucoup d’autres exemples.
Mais c’est à vous de le faire, je veux dire que c’est à vous de chercher ces exemples,
dans vos observations sur vous-même et les autres.

G. I. Gurdjieff passe de l’intériorité (relation à soi-même) à l’extériorité,
en précisant que la « considération extérieure »,
contrairement à la « considération intérieure »,
donne des résultats favorables pour tous :
Le contraire de la considération intérieure – la considération extérieure –
constitue pour une part un moyen de lutter contre elle.
La considération extérieure se fonde sur une sorte de relation
envers les gens totalement différente de la considération intérieure.
Elle est une adaptation aux gens, à leur compréhension et à leurs exigences.
En considérant extérieurement, un homme fait tout ce qui est nécessaire
pour se rendre la vie plus facile à lui-même et aux autres.
La considération extérieure nécessite une connaissance des hommes,
une compréhension de leurs goûts, de leurs habitudes et de leurs préjugés.
(…)
Il arrive souvent qu’un homme commence par une bénédiction
et finisse par une injure.
Il décide de ne pas considérer les autres,
après quoi il les blâme de ne pas le considérer lui-même.
Cet exemple montre comment la considération extérieure
dégénère en considération intérieure.
Mais si un homme se rappelle réellement lui-même,
il comprend que l’autre est une machine, tout comme il en est une lui-même.
Et alors « il se mettra à la place de l’autre ».
Ce faisant, il deviendra réellement capable de comprendre
ce que l’autre pense et ce qu’il sent.
S’il peut se comporter ainsi, son travail deviendra beaucoup plus facile pour lui.
Mais s’il aborde un homme avec ses propres exigences, il n’en tirera rien,
si ce n’est une nouvelle considération intérieure.


samedi 10 février 2018

TTE, le libre-arbitre

Le Tao Tarot Express arrive en gare multidirectionnelle.

Innombrables sont les objets de désir,
leur variété mettant chacun à l’épreuve.

Le prix à payer : des parcelles d’âmes.
Penser à négocier.

À votre plaisir.

Temps d’arrêt flexible,
selon les rythmes et besoins de chacun.



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Lien



vendredi 9 février 2018

TTE, les autorités

Après la contrée des tentations féminines,
le Tao Tarot Express traverse la nation des mâles.

Deux images, des hommes.

Deux figures d’autorité.
Par exemple :
en société,
autorité patronale,
et autorité religieuse.

Deux élans, types d’énergie, masculins,
(sachant que les femmes ont du masculin,
et que les hommes ont du féminin.)



 

Associations possibles

D’un côté, le macho brutal et égoïste ;
de l’autre côté, le mâle intellectuellement sensible.


Ou encore :
d’un côté, un introverti matérialiste ;
et de l’autre, un extraverti moralisateur.


Ou bien :
une personnalité guerrière, un soldat par exemple ;
et une personnalité pédagogue, un professeur par exemple.

* * *
 
Ces figures pourraient bien représenter, aussi,
nos principaux modèles de référence
en matière d’identification :
être le roi ou être le pape,
être reine ou papesse.

La réussite.
Winner.

Avec les deux arcanes précédents,
la Papesse et l’Impératrice,
les quatre, deux couples,
s’inscrivent dans une pyramide hiérarchique.


TTE, les influences

Deux a ouvert le champ des possibles
s’étendant entre les extrêmes.

Espace aux mille et un miroirs.

Reflets de reflets.

Toute chose dissimule un envers.
Derrière certaines belles façades,
de tristes âmes fades.

Comment s’y retrouver ?

* * *

Le Tao Tarot Express continue sa route
dans la contrée des femmes.
Certaines voilées, d’autres combatives.




Libre-associations
 
 Deux types de tentations :
- celle rassurante, stable, de la femme-mère ;
- celle réjouissante de la séduisante femme-enfant.


Deux attitudes (et orientations) majeures :
- la droiture, le sérieux, la famille ;
- la légèreté, l'hédonisme, les défis.


Deux impulsions importantes :
- le désir de savoir ;
- le désir de conquérir.


Deux tendances psychologiques :
- l’introversion ;
- l’extraversion.

Etc.


jeudi 8 février 2018

TTE, faire illusion

Tao Tarot Express s’est engagé dans un système.


Tout est en Un. 

Un est en tout.


Comme la graine qui a besoin d’un sol approprié pour pouvoir germer,
Un a besoin de s’ouvrir au monde des opposés,
pour que le processus démarre avec Deux.

Image d’un Bateleur qui cherche sa place
et, probablement, de quoi se nourrir.

Que dit-il ?





Keny Arkana

Peur de la liberté



Saez, l'oiseau libre






mercredi 7 février 2018

TTE, introduction

Le Tao Tarot Express (TTE) embarque des passagers,
sans contrepartie,
pour un tour d’horizon sur les arcanes majeurs du Tarot,
une vision parmi d’autres, une approche didactique.

Se succéderont, dans cette rubrique,
des images et quelques mots,
en suivant l’ordre des nombres des arcanes majeurs,
et selon une disposition inspirée du moment.


TTE (Tao Tarot Express) débute hors système,
avec le Mat, le seul arcane sans nombre :
 




Mais que transporte donc le Mat dans sa besace ?


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Lien
* Pour comprendre la sphère du Tarot, se référer à « juste un support, le Tarot »
(un regard différent, par les opposés complémentaires et champs des possibles).

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S'identifier, et s'oublier (G XVI)

Rappel du dernier paragraphe de la précédente parution :
Mais l’homme n’oublie jamais rien plus facilement
que ce qui a trait à lui-même,
par exemple : ces « photographies mentales" qu’il a pu prendre.
Et ses opinons, ses théories se trouvent, de cette façon,
dépourvues de toute stabilité et de toute précision.
 
L’homme ne se rappelle pas ce qu’il a pensé ou ce qu’il a dit ;
et il ne se rappelle pas « comment » il a pensé
ou « comment » il a parlé.

G. I. Gurdjieff continue, en expliquant les causes de « l’oubli de soi » :
Ceci, à son tour, est en rapport avec l’une des caractéristiques fondamentales
de l’attitude de l’homme envers lui-même et envers son entourage, à savoir :
sa constante "identification" à tout ce qui prend son attention,
ses pensées ou ses désirs, et son imagination.
"L’identification" est un trait si commun que,
dans la tâche de l’observation de soi,
il est difficile de la séparer du reste.

G. I. Gurdjieff poursuit sur le sujet de l’identification,
une manie à l’en croire :
L’homme est toujours en état d’identification ;
seul change l’objet de son identification.
 
L’homme s’identifie à un petit problème qu’il trouve sur son chemin
et il oublie complètement les grands buts qu’il se proposait au début de son travail.
 
Il s’identifie à une pensée et il oublie toutes les autres. 
Il s’identifie à une émotion, à une humeur,
et il oublie ses autres sentiments plus profonds.
 
Les deux ou trois arbres les plus proches viennent à représenter pour eux toute la forêt. 
L’identification est notre plus terrible ennemi parce qu’elle pénètre partout.
Au moment même où nous croyons lutter contre elle, nous sommes encore sa dupe.
Et s’il nous est si difficile de nous libérer de l’identification,
c’est que nous nous identifions plus facilement aux choses
qui nous intéressent davantage,
celles auxquelles nous donnons notre temps, notre travail et notre attention.
 
Pour se libérer de l’identification,
l’homme doit donc être constamment sur ses gardes
et impitoyable envers lui-même.
C’est-à-dire qu’il ne doit pas avoir peur
de démasquer toutes ses formes subtiles et cachées.
 
Il est indispensable de voir, d’étudier l’identification,
afin d’en déceler en nous-mêmes jusqu’aux racines les plus profondes.
Mais la difficulté de la lutte contre l’identification s’accroît encore du fait que,
lorsque les gens la discernent, ils la regardent comme une qualité excellente
et lui décernent les noms d’ "enthousiasme", "zèle", "passion",
"spontanéité", "inspiration", etc.
(…)
L’homme identifié n’est plus qu’une chose, un morceau de viande ;
il perd jusqu’à ce peu de ressemblance qu’il avait avec un être humain.
(…)
Regardez les gens dans les magasins, les théâtres ou les restaurants.
Voyez comme ils s’identifient avec les mots quand ils discutent
ou essaient de prouver quelque chose,
particulièrement quelque chose qu’ils ne connaissent pas.
Ils ne sont plus que désir, avidité, ou « paroles » :
d’eux-mêmes, il ne reste rien.
 
L’identification est le principal obstacle au rappel de soi.
Un homme qui s’identifie est incapable de se rappeler lui-même.
Pour pouvoir se rappeler soi-même,
il faut d’abord « ne pas s’identifier ».
Mais pour apprendre à ne pas s’identifier,
l’homme doit avant tout « ne pas s’identifier avec lui-même »,
ne pas s’appeler lui-même "moi", toujours et en toutes occasions.
(…)
Tant qu’un homme s’identifie ou est susceptible de s’identifier,
il est l’esclave de tout ce qui peut lui arriver.
 
La liberté signifie avant tout : se libérer de l’identification.

dimanche 4 février 2018

Moi-je et l'autre

Distinguer le « moi-je » et « l’autre »

Le « moi-je », ou « Eric » (à remplacer par votre prénom),
résulte de ses histoire, éducation, expériences, relations, déceptions, etc.,
ainsi que du Système et du conditionnement reçu selon son rang social
(par exemple : dans la classe moyenne, il faut travailler,
obéir aux représentants de l’autorité, payer des impôts...,
alors que, chez les riches, il faut apprendre les bonnes manières
et comment détourner les lois pour payer un minimum d’impôts-pour-les-pauvres, etc.)

Le « Eric » a développé une personnalité,
celle affichée en société et aussi, celle de l’intérieure.
En l’intériorité de chacun, tout ce qui caractérise la personne,
et qui a été introjecté (comme les figures d’autorité, nos croyances,
nos identifications et imitations de comportement, etc.),
forme le « moi-je ».

Le « moi-je » est multiple, légion,
bien que, le plus souvent, deux ou trois prédominent ;
de la sorte, nous avons un « moi » autoritaire, un « moi » exigent,
un  « moi » sadique, gentil, méchant, docile, impétueux,
avide, jaloux, envieux, aimant, suppliant, lâche, etc.
Le « moi » change selon les circonstances, l’ambiance, la météo, etc.


« L’autre » en soi-même correspond à ce qui a "échappé" à l’éducation.

« L'autre » n’a pas de personnalité,
n’étant pas matière mais énergie.

Plus « moi-je » prête attention à « l’autre »,
plus « l’autre » prend corps – matière, consistance.

« L’autre-en-soi » reste sauvage (au sens d'indompté),
vierge de tout conditionnement, libre de toute emprise, influence,
et même de celle de « Eric ».

« L’autre » doit être approché avec douceur,
et nécessite d’être apprivoisé (par « moi-je »).

« L’autre » n’est ni gentil ni méchant, ni négatif ni positif,
puisqu’il n’est qu’énergie.
« L’autre » n’entre pas dans ces considérations.

« L’autre » est le revers du « moi-je », de tous les « moi »,
des diverses facettes-humeurs changeantes formant la personnalité.




L’ingérable « autre » et la société civilisée

Comme le Système ne se soucie que de la personnalité, du « moi-je »,
« l’autre » reste en état latent, de sous-développement, au plus profond de soi.

Tout ce que l’on rejette, dénie, méprise, maltraite, en soi-même,
va atteindre et encombrer, ensevelir, « l’autre ».
Par exemple : plus le « moi-je » est artificiel,
fonctionnant aux mensonges et faux-semblant,
plus « l’autre » devient dérangeant, puisqu’il est vérité.

Le Système actuel, l’entièreté de l’ordre socio-politico-religieux,
non seulement semble craindre cet « autre » en chacun,
mais paraît tout mettre en œuvre pour scinder nos intériorités.
Par exemple : Internet encourage à se créer de "nouvelles" personnalités,
sous pseudos, mettant en scène des motivations imaginaires
ou d’autres facettes de son « moi-je » idéal,
ce qui devient une distraction supplémentaire
nous tenant éloigné de « l’autre » en nous-mêmes.


Relation « moi-je » et « l’autre »

À chaque fois que « Eric » a plié, en famille et en société, pour s’activer,
en agissant à l’encontre de ses élans profonds
– pour plaire, convenir, faire plaisir, se sentir aimé,
pour réussir, s’adapter à sa condition, par devoir patriotique, etc. –,
à chaque fois, « Eric » a, par là-même, porté préjudice à « l’autre ».

Le sacrifice de « l’autre en soi-même »
laisse la personne dans un vide de ténèbres intérieures.
Terrible scission au fond de la personne qui, en niant « l’autre »,
rejette son âme ; et se met à servir les forces obscures.
Perte du sens de la vie, du vivant, du vibratoire, du sensible.

Il ne s’agit pas de combattre sa personnalité, le « Eric »,
car elle seule peut évoluer ici-bas, dans la matière,
pour s’y adapter, faire sa place et subvenir aux besoins du corps.
Néanmoins, pour maintenir un équilibre, la santé et la force,
« Eric » a besoin de « l’autre » qui l’inspire et l’oriente.

« L’autre » reste ce qu’il y a de plus préservé en chacun,
cette part de soi ayant même échappé aux désirs initiaux des parents.

« L’autre » correspond à l’original brut d'un « moi-je » formaté, raffiné.

Plus je développe un faux-moi, plus « l’autre » devient un ennemi, un démon.

Plus je me dis la vérité et tends à l'objectivité, plus je me rapproche de « l’autre ».

Les désirs, nombreux et contradictoires, proviennent du « moi-je ».
Revenir au désir essentiel, c’est se rapprocher de « l’autre ».

« L’autre » se tient à la source de soi.

« L’autre » n’a ni désir ni idée,
n’étant que volonté,
une volonté vibratoire qui dépasse le cadre de l’intellect calculateur.
Il ne s’agit donc pas de la volonté mentale, celle du « moi-je »,
mais d’une volonté « autre », tripale, instinctivo-intuitive,
un peu comme si une force, indépendante du « moi-je »,
agissait en prenant les commandes de notre personne.

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Liens
* Pas de vrai-moi sans l’autre (l'enseignement de Gurdjieff ayant inspiré ce texte)
* Être et persona (une façon différente de Gurdjieff d’aborder le sujet de « l’autre »)
* L’autre (en soi) ?
* Fonctionnement humain

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samedi 3 février 2018

Pas de vrai-moi sans "l'autre" (G XV)

Rappel :
(…) l’étude de soi et l’observation de soi, bien conduites,
amènent l’homme à se rendre compte qu’il y a "quelque chose de faussé"
dans sa machine et dans ses fonctions, en leur état ordinaire.

Pour s’étudier soi-même et s’observer,
comment procéder M. Gurdjieff ?

NB : dans l’explication qui suit,
à la place de "Eric", chacun peut mettre son prénom.
(…) un homme doit s’exercer à prendre, pour ainsi dire,
des photographies mentales de lui-même
aux différents moments de sa vie
et dans ses différents états émotionnels ;
non plus des photos de détails, mais des vues globales.
(…)
Si un homme parvient à prendre d’intéressants instantanés,
il ne tardera pas à obtenir une véritable collection de portraits de lui-même qui,
tous ensemble, lui montreront clairement ce qu’il est.
 
Mais il est difficile de parvenir à prendre ces photos aux moments les plus intéressants,
il est difficile de saisir les postures, les expressions du visage,
les émotions et les pensées les plus caractéristiques.
(…)
Au lieu de l’homme qu’il croyait être, il en verra un tout autre.
Cet "autre" est lui-même et, en même temps, ce n’est pas lui-même.
(…)
Vous devez apprendre à séparer le réel de l’imaginaire.
 
Et pour commencer l’observation de soi et l’étude de soi,
il est indispensable d’apprendre à se diviser.
L’homme doit se rendre compte qu’en fait il est formé de deux hommes.
L’un est l’homme qu’il nomme "moi" et que les autres nomment "Eric".
L’autre est le vrai « lui »,
le vrai « Moi »,
qui apparaît dans sa vie seulement pour de très courts moments,
et qui ne peut devenir stable et permanent
qu’après une très longue période de travail.
 
Tant qu’un homme se considère lui-même comme « une seule personne »,
il restera toujours tel qu’il est.
Son travail intérieur débute à cet instant
où il commence à éprouver en lui-même la présence de « deux hommes ».
L’un est passif
et le plus qu’il puisse faire est d’observer et d’enregistrer ce qui lui arrive.
L’autre, qui se nomme lui-même "moi",
qui est actif et parle de lui à la première personne,
n’est en réalité que "Eric".
 
Telle est la première réalisation qu’un homme puisse obtenir.
Aussitôt qu’il commence à penser correctement,
il voit qu’il est tout entier au pouvoir de son "Eric".
Quoi qu’il projette ou médite de faire ou de dire, ce n’est pas "lui",
ce n’est pas son "Moi" qui le dira ou le fera, mais son "Eric",
et ce qu’il fera ou dira, naturellement,
n’aura rien de commun avec ce que son "Moi" aurait dit ou fait ;
(…)
A cet égard, un danger précis guette l’homme dès le tout premier moment
de l’observation de soi. C’est "Moi" qui commence l’observation,
mais "Eric" s’en empare aussitôt et c’est lui qui la poursuit.
Ainsi, dès le début, "Eric" fausse quelque chose, (…)
L’observation de soi devient une observation d’ "Eric".
L’homme comprend qu’il n’est pas "Eric",
qu’ "Eric" n’est que le masque qu’il porte,
le rôle qu’il joue inconsciemment et que, par malheur,
il ne peut pas s’empêcher de jouer,
un rôle qui le domine et lui fait dire et faire des milliers de choses stupides,
des milliers de choses que lui-même ne ferait ou ne dirait jamais.
S’il est sincère avec lui-même, il sent qu’il est au pouvoir d’"Eric"
et, en même temps, il sent qu’il n’est pas "Eric".
Il commence à avoir peur d’ "Eric",
il commence à sentir qu’ "Eric" est son ennemi.
Quoi qu’il veuille faire, tout est intercepté et altéré par "Eric". (…)
Les désirs, les goûts, les sympathies, les antipathies, les pensées, les opinions d’ "Eric",
ou bien s’opposent à ses idées propres, à ses sentiments et humeurs,
ou bien n’ont rien de commun avec eux.
Et, cependant, "Eric" est son maître.
Lui, il est l’esclave. Il n’a pas de volonté propre.
Il est hors d’état d’exprimer ses désirs,
parce que tout ce qu’il voudrait dire ou faire sera toujours fait à sa place par "Eric".
 
A ce niveau de l’observation de soi, cet homme ne doit plus avoir qu’un seul but :
se délivrer d’ "Eric".
Et dès lors qu’il ne peut pas s’en délivrer en fait parce qu’il est "Eric",
il doit par conséquent le maîtriser et lui faire faire non pas ce que désire
l’ "Eric" du moment, mais ce que « lui-même » veut faire.
 
"Eric", qui est aujourd’hui le maître, doit devenir le serviteur. 
Tel est le premier pas dans le travail sur soi : il faut se séparer d’ "Eric",
non seulement en pensée, mais en fait,
et parvenir à sentir que l’on n’a rien de commun avec lui.
Mais il faut bien garder présent à l’esprit que toute l’attention
doit demeurer concentrée sur "Eric".
En effet, un homme est incapable d’expliquer « ce qu’il est lui-même en réalité » ;
cependant, il peut s’expliquer "Eric" à lui-même et c’est par là qu’il doit commencer,
en se rappelant en même temps qu’il n’est pas "Eric".


À ce point, G. I. Gurdjieff répète que l’on a besoin d’aide
pour parvenir à distinguer entre les deux : le "Eric" et l’autre-en-soi :
Pourquoi en est-il ainsi ?
Nous avons dit que l’observation de soi conduit à cette constatation
que l’homme s’oublie sans cesse.
Son impuissance à se souvenir de soi
est un des traits les plus caractéristiques de son être
et la vraie cause de tout son comportement.
Cette impuissance se manifeste de mille façons.
Il ne se rappelle pas ses décisions,
il ne se rappelle pas la parole qu’il s’est donnée à lui-même,
il ne se rappelle pas ce qu’il a dit ou ressenti il y a un mois,
une semaine, un jour ou une heure seulement.
Il commence un travail et bientôt il oublie « pourquoi » il l’a entrepris,
et c’est dans le travail sur soi que ce phénomène se produit
avec une fréquence toute particulière.
Un homme ne peut se rappeler une promesse donnée à autrui
qu’à l’aide d’associations artificielles, d’associations « éduquées » en lui,
lesquelles, à leur tour, s’associent à toutes sortes de conceptions,
elles-mêmes artificiellement créées,
telles que l’« honneur », l’« honnêteté », le « devoir », et ainsi de suite.
 
En vérité, on peut donc dire que pour une chose dont un homme se souvient,
il y en a toujours dix, bien plus importantes, qu’il oublie.
 
Mais l’homme n’oublie jamais rien plus facilement que ce qui a trait à lui-même,
par exemple : ces « photographies mentales" qu’il a pu prendre.
Et ses opinons, ses théories se trouvent, de cette façon,
dépourvues de toute stabilité et de toute précision.
L’homme ne se rappelle pas ce qu’il a pensé ou ce qu’il a dit ;
et il ne se rappelle pas « comment » il a pensé ou « comment » il a parlé.


Résumons : notre tendance, à nous humains, consiste à tourner en rond
en ne maintenant pas la continuité de nos élans et décisions importants,
et en s’oubliant (en oubliant le Soi profond, unissant le moi-je et l’autre en soi),
c’est pourquoi chacun a besoin de connaître au moins une personne plus éveillée qu’elle.


jeudi 1 février 2018

Des désirs au Rêve (II)

Il ressort de « se Rêver », notamment,
la nécessité de discerner entre un désir et un Rêve.

Exemple : un politicien a clamé dans les médias
« qu’il espérait bien que les jeunes rêvent de devenir milliardaires ».
L’emploi du terme « rêver » me paraît clairement signifier, dans son discours,
l’action de désirer et/ou de rêvasser.
Le désir d’être riche nous entraîne dans des rêveries.

Rêver procure compréhension,
et non pas des bénéfices matériels monnayables.

Rêver implique un état de non-désir et non-action,
afin de laisser venir ce qui vient, comme ça vient.


Harmonie entre soi et le Grand Tout.


Les désirs et volonté mentale

Couramment, et même dans la littérature,
on emploie les verbes désirer et rêver tels des synonymes
comme vu, ci-dessus, avec l’exemple du politicien.

Désirer, c’est vouloir quelque chose,
un bénéfice, un résultat, un plaisir, une rencontre.

Désirer ancre dans la réalité matérielle, tangible, visible,
et met en œuvre la planification, le calcul, la construction, la stratégie,
tout ce qui est rendu possible par l’activité mentale ;
et aussi, désirer nous entraîne dans le champ de la compétitivité
et des opposés (par exemple, avec des gagnants et des perdants).
Le corps des humains évoluent dans un milieu tendu entre des opposés
– par exemple entre Ciel et Terre, devant et derrière, jour et nuit, etc. –
et les désirs s’y débattent, s’y rejettent, s’y attirent…, et fusionnent parfois.
Chaque désir se forme à partir de son contraire et crée son opposé,
comme une photo qui ne se révèle qu’à partir d’un négatif.
Désirer, comme vouloir, sont affaires mentales,
c’est pourquoi il arrive, trop souvent,
que les désirs deviennent malsains, névrosés,
voire carrément en décalage avec le déroulement des événements
et avec ce que l’on est (talent, capacités, limites, aspirations profondes, etc.)

Désir et volonté mentale sont étroitement liés et fonctionnent ensemble.
La volonté permet de réaliser ses désirs, de les agir.

Le désir enferme dans un circuit répétitif, avec des hauts et des bas
– plaisir/souffrance, réussite/échec, satisfaction/insatisfaction, … –,
un circuit fermé dans lequel le mouvement spiralé se déroule en s’évasant.

Le désir rend capricieux, impatient, égocentrique, obtus, cupide, exalté.
Un désir comblé provoque l’accoutumance et amène à vouloir toujours plus.
Un désir insatisfait rend morose, déprimé, las.


Le Rêve mobilise la volonté de l’être profond

Rêver, au contraire de désirer,
permet de lâcher prise sur la matière tentante,
ainsi que sur l’ego, voulant paraître mieux et supérieur aux autres.

Rêver, pour dépasser l’aspect mécanico-automatique des choses.
Le Rêve permet de transcender la condition d’humain désirant.

Le Rêve échappe à l’autorité intérieure et à la raison contrôleuse,
ce qui déplaît fortement au Système-Mafia-Sanctions
qui nous bombarde sans cesse de désirs suggérés,
formatés et emballés, payables en plusieurs mensualités.

Rêver, pour s’extraire de la machinerie des désirs et déceptions,
des calculs de bénéfices et de plaisirs compensatoires,
des prévisions en vue de davantage de sécurité,
et autres fadaises mentales.

Rêver le monde, pour dépasser les limites dressées par le Système,
et voir au-delà des représentations idéelles types,
et en-deçà des images manipulées, convenues et perpétuellement induites.

Rêver pour entendre « l’autre partie » du monde : l’irrationnelle, invisible, subtile.

Le Rêve déploie une vue d’ensemble sur le monde,
et nous plonge dans l’unité intérieure.

En cette unité intérieure,
le Rêve du Cosmos.

En Soi,
le Rêve de la Terre.

Se Rêver, pour dépasser son conditionnement et ses limites,
pour transcender la volonté mentale, égotique,
pour déployer les élans de l’être profond,
pour apprendre à connaître son âme
et rester relié avec les autres âmes.

Rêver permet de traverser l’égoïsme pour parvenir à l’universel.

Le Rêve connecte aux forces de la Nature,
que les primitifs nommaient, et que les shamans nomment : « esprits ».