jeudi 6 avril 2017

Que faire, ou défaire ?


- Que faire ?

- J’sais pas.

- Tu dis toujours « j’sais pas ». Et des idées, t’en as, des fois, vu qu’t’as pas de pétrole ?

- Des idées ? Peut-on se révéler créatif avec les idées ?
Sachant qu’elles se construisent à partir de ce qui s’est déjà passé, de nos souvenirs.


- Ouais, mais c’est quand même grâce aux idées que plein de choses ont été inventées.

- Effectivement, et regardes l’état de la planète.
Ce sont nos idées qui ont conçu toute cette merde mortelle,
ainsi que le concept de dettes, la constitution, etc.
Tu voudrais que, par des idées, on remédie à tout ça ?


- …

- Plus rien à dire ?

- T’es trop con, mais t’as pas tout tort.

- Même Einstein a écrit qu’on « ne résout pas un problème avec le cerveau qui l’a créé »,
un truc comme ça.


- Bon, ben, on fait quoi alors ?

- …





- Il faut imaginer la suite, un monde meilleur et plus juste.

- Bah, c’est un peu comme avec les idées. On imagine à partir du connu.

- À t’entendre, on croirait qu’il vaut mieux ne rien faire.

- Ouais, peut-être bien.

- Mais on s’ennuie à donf en ne faisant rien.

- Pas plus qu’en passant de 7 à 9 heures dans un bureau ou sur un chantier.

- On ne peut pas rester sans rien faire !

- Tu vois, si on devait aller chasser, marcher pour cueillir,
ensuite aller se laver, préparer à manger, etc.,
toutes ces activités vitales nous occuperaient,
et on ne se sentirait pas obligé de devoir faire quelque chose.
On ne se poserait plus ce genre de question : que faire ?
On s’activerait à partir de ce qui importe, et voilà, les journées passeraient.


- Tu nous ramènes au temps des hommes de caverne avec tes histoires.

- Selon certains, des civilisations auraient existé bien avant la préhistoire,
et suite à des catastrophes ou dieu sait quoi,
les humains auraient régressé au stade animal.
On ne serait pas la première civilisation à s’effondrer.


- Ok, y a plus qu’à attendre un retour à la primitivité.
Pourquoi pas précipiter les choses, hein ?


- Des fois, j’en viens à le penser, que le mieux serait une grosse catastrophe.
On serait balayé de la planète. Plus besoin de se demander « on fait quoi ? »
Le truc, c’est que notre société est comme une machine dangereuse,
genre une centrale nucléaire,
une machine dans laquelle chacun de nous y aurait, au minimum,
un bras coincé. Si on stoppe cette machine, tout part en sucette,
et chacun de perdre un bras, pour le moins.
J’veux dire qu’on ne peut plus l’arrêter, cette machine infernale,
sans provoquer de gros dégâts soit, notre perte.


- On est allé trop loin, on ne peut que continuer avec cette machine, à t’entendre.
C’est pas pour insister, mais si on doit composer à partir de cette situation,
il nous faut des idées, de l’imagination.


- Oui, si l’on veut « sauver » la machine, en poursuivant ce train de vie dément
soi-disant confortable, en mettant des compresses partout,
sans prendre le temps de soigner, de guérir ce qui blesse.
Voilà à quoi servent les idées :
à inventer des pansements permettant de retarder l’inéluctable.


- Va te faire foutre, mec.

- Je crois que les choses, faut les laisser émerger d’elles-mêmes.
Par exemple, si la plupart d’entre nous était disposé à sacrifier son bras,
et cessait toute activité, professionnelle et autres, ben forcément,
quelque chose en émergerait.


- L’anarchie.

- Du chaos aurait émergé l’univers, puis la vie.
Ce ne serait pas tant l’esprit d’anarchie qu’il s’agirait de viser,
mais simplement de rappeler aux richissimes que, sans le peuple,
tout s’écroule. Et de rappeler à chacun ce qui importe durant cette existence.


- Tu déconnes. À mon avis, ça finirait en grosse castagne.
Ils enverraient l’armée et des robots pour faire place nette.
Et les autres, les survivants, ils se remettraient illico à bosser,
ne serait-ce que pour pouvoir manger.


- Ce que tu dis est une possibilité, une probabilité,
mais qui peut savoir ce qui se passerait si nous stoppions tout ?
Je veux dire qu’agirait aussi l’imprévisible, en plus de la prévisible castagne.
Nous ne parviendrons pas imaginer un autrement, tant que nous continuerons ainsi.


- J’pige : tu veux dire que c’est en arrêtant tout, au risque d’un bordel général,
que nous ferions preuve de créativité.


- Oui, c’est ce que je crois. Et que nous nous mobiliserions avec plus de solidarité,
certains d’entre nous en tout cas.


- Ben, on est mal barre. Ils ne lâcheront jamais l’affaire.
Ils ont tout : l’argent, le pouvoir, les biens, les plus beaux terrains, etc.
Et les autres, nous tous du peuple, pauvres ou bourgeois et petit riches,
nous avons peur, et sommes possédés par nos voitures et smartphones.


- Nous sommes des lâches, voilà le vrai problème. Et beaucoup trop de gens,
dans toutes les classes sociales, ont cet esprit de prédateur possessif, ambitieux,
jamais satisfait, voulant toujours en faire plus, et plus encore.


- …




- Il paraît que des clans ont disparu, non pas suite à un déclin ni à une guerre
ni à une catastrophe, mais ils se seraient comme volatilisés.
Personne n’est parvenu à l’expliquer, ces populations étaient en plein essor,
construisant des pyramides, des cités, etc., et, pffou, elles ont disparu,
sans laisser de trace.


- T’es sûr ?

- Ouais, notamment en Amérique Centrale, les Olmèques je crois,
et en Amérique du Nord aussi. Cela se serait passé bien avant l’arrivée des conquistadors.


- Acha, ils ont trouvé un truc ou quoi ?

- Qui sait ?

- Peut-être qu’il existe un moyen de passer sur un autre monde,
dans une autre dimension, ailleurs quoi, genre en se téléportant.


- Va savoir. En tout cas, c’est intriguant.

Peut-être que c’est par l’intériorité, que l’on trouve un passage ou un accès ?


- …
Et ils étaient plusieurs, tu dis ?


- Oui, certains historiens disent que ce serait des tribus entières qui auraient disparu.

- Ben voilà, on sait quoi faire maintenant.




10 commentaires:

  1. Oh que j'aime ce dialogue ! Oui, c'est vrai si on devait juste subvenir à nos besoins vitaux on ne se sentirait plus obligés d'aller travailler, de faire quelque chose ... C'est à ça que j'aspire quand je dis vouloir aller à la montagne élever des chèvres et fabriquer mon fromage !

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    1. Tu m'apprendras, à s'occuper des chèvres et à faire du fromage ?
      J'aime apprendre et suis, je crois, plutôt bon élève.
      ;))
      T'as raison : à la montagne, à distance des affaires humaines.

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    2. Moi aussi il faut d'abord que j’apprenne à élever les chèvres et faire le fromage. J'ai dans l'idée lorsque mes enfants seront partis et que je vais me retrouver seule pour les vacances de faire du wwoofing, ce qui me permettra d’apprendre en aidant !

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    3. En voilà une, de bonne idée ;)

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  2. Eric,
    Très bien écrit et je m'y retrouve à fond ! C'est de ça qu'il faut causer. Un vrai débat. Merci de le mener pour nous de cette manière accessible !
    @+

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  3. Flatteur, je prends, ça fait du bien.
    A + Thierry

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  4. Talentueux et visionnaire , merci pour la Lucidité de ton analyse
    Les humains se détachent les uns des autres et en devenant des solitaires
    Se perdent ....A tout Bientôt Eric ....Betty H

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    1. * - ALERTE - *
      - Seuil limite à une inflation de l'ego atteint -
      :))

      "Les humains se détachent les uns des autres" : c'est aussi mon sentiment, est-ce voulu ? (Puisque nos entreprises tuent le vivant
      et rongent le "Lien")

      Les solitaires se révèlent, souvent, tels des lanceurs d'alerte (dit-on aujourd'hui). Je ne pense pas que le risque majeur consiste à "se perdre", mais en restant isolés, de se contenter d'être des témoins.

      Merci Betty H

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  5. Un besoin exacerbé de se protéger de l'autre ....Frilosité , courage , indifférence , égoïsme ? je ne sais plus trop ... Bise....Betty H ( venir chez toi Eric est aventureux , après l' anonymat , il faut subir le test du robot ,j'ai pas le smiley du sourire mais j'ai le mot )

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    1. :) Tout ça, oui.

      Le test est grr..., mais que faire ? De plus en plus de sites l'ont mis en place. L'autre jour, j'ai dû le faire selon le même principe mais en deux étapes !
      Tu peux aussi choisir "nom + url" (plutôt que "anonyme", mais y aura tout de même l'anti-robot à passer.

      Agréable journée, Betty H

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