mercredi 15 novembre 2017

Intériorité, à solidifier (G III)

Dans cette rubrique paraît une série d’articles portant sur la connaissance de soi,
articles se composant d’extraits de l’enseignement de G. I. Gurdjieff,
selon les notes prises par P. D. Ouspensky, l’un de ses élèves.

G. I. Gurdjieff tenait sa connaissance de la « tradition ancienne ».

Soyez votre propre flambeau et votre propre recours.
– Sagesse orientale
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Je reviens sur l’image des limailles de B. Mouravieff,
qui s’est inspiré de l’enseignement de G. I. Gurdjieff.
Il est important de comprendre cette image avec le contenu d'un vase.
G. I. Gurdjieff a expliqué, à ce sujet, la nécessité d’une cristallisation du Moi,
qui devient maître des trois corps (physique-instinctif, émotionnel et intellectuel).
Ce dont parle Gurdjieff correspond à ce que l’on nomme couramment « force intérieure ».

Plus on se renforce intérieurement, moins on subit la part accidentelle des événements ;
c’est-à-dire que les phénomènes extérieurs nous influenceront moins.
De la sorte, on prend les rênes de sa destinée (à distinguer du destin), de son existence,
notamment grâce à un « Moi » de plus en plus permanent, unifié, intègre.

Voici la métaphore plus détaillée qu’utilisa G. I. Gurdjieff, et qui a inspiré B. Mouravieff :
Un enseignement oriental décrit les fonctions des quatre corps,
leur croissance graduelle et les conditions de cette croissance, de la façon suivante :
« Imaginons un vase ou une cornue remplie de diverses poudres métalliques.
Entre ces poudres, qui sont en contact les unes avec les autres,
il n’existe pas de relations définies.
Chaque changement accidentel de la position de la cornue
modifie la position relative des poudres.
Si l’on secoue la cornue, si on la frappe du doigt,
alors la poudre qui se trouvait en haut peut apparaître au fond,
au milieu, ou inversement.
Il n’y a rien de permanent dans la situation respective de ces poudres,
et, dans de telles conditions, il ne peut rien y avoir de permanent.
C’est une image fidèle de notre vie psychique.
A tout moment, de nouvelles influences peuvent modifier la position des grains
qui se trouvent en haut, et faire venir à leur place d’autres grains,
de nature absolument opposée.
La science appelle cet état relatif des poudres l’état de mélange mécanique.
La caractéristique fondamentale des relations mutuelles dans cet état de mélange
est leur versatilité et leur instabilité.
Il est impossible de stabiliser les relations mutuelles des poudres
qui se trouvent dans un état de mélange mécanique.
Mais elles peuvent être fondues ;
leur nature métallique rend l’opération possible.
A cette fin, un feu spécial peut être allumé sous la cornue ;
en les chauffant, il les fera fusionner les unes avec les autres.
Ainsi fondues, les poudres se trouvent à l’état de composé chimique.
Dès lors, elles ne peuvent plus être agitées aussi aisément
que dans leur état de mélange mécanique,
lorsqu’il suffisait d’une chiquenaude pour les séparer et les faire changer de place.
Ce que contenait la cornue est maintenant devenu indivisible, "individuel".
C’est une image de la formation du second corps.
Le feu, grâce auquel la fusion est obtenue, est le produit d’une "friction"
qui est à son tour le produit de la lutte dans l’homme du "oui" et du "non".
Si un homme ne résiste jamais à aucun de ses désirs, s’il est de connivence avec eux,
s’il les flatte, s’il les encourage même, alors il n’y aura jamais de confit intérieur en lui,
jamais de "friction", et pas de feu.
Mais si, pour atteindre un but défini, il combat les désirs
qui se mettent en travers de son chemin, il crée de cette façon un feu
qui transformera graduellement son monde intérieur en un Tout. »



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Et voilà deux autres histoires symboliques exprimant, cette fois, nos possibilités latentes.
Ces métaphores sont importantes pour la suite de l'initiation,
ainsi que pour comprendre les quatre corps de l'humain.
Celles-ci, d'histoires, peuvent être mises en parallèle avec la métaphore du cocher.

En nous, en notre intériorité, un royaume (disait Lao Tseu) :
(…), quelques enseignements comparent l’homme à une maison de quatre pièces.
L’homme vit dans la plus petite et la plus misérable,
sans soupçonner le moins du monde, jusqu’à ce qu’on le lui ait dit,
l’existence des trois autres, qui sont pleines de trésors.
Lorsqu’il en entend parler, il commence à chercher les clés de ces chambres,
et spécialement de la quatrième, la plus importante.
Et lorsqu’un homme a trouvé le moyen d’y pénétrer,
il devient réellement le maître de sa maison,
parce que c’est seulement alors que la maison lui appartient,
pleinement et pour toujours.

Plus avant, G. I. Gurdjieff décrit la maison (seconde métaphore),
en laquelle se répand le désordre sous le commandement de divers "moi"
qui se succèdent inlassablement :
(...) l’homme est comparé à une maison sans Maître ni intendant,
occupée par une multitude de serviteurs. Ceux-ci ont entièrement oublié leurs devoirs ;
personne ne veut remplir sa tâche ; chacun s’efforce d’être le maître,
ne serait-ce que pour une minute, et, dans cette sorte d’anarchie,
la maison est menacée des plus graves dangers.
La seule chance de salut est qu’un groupe de serviteurs plus sensés se réunissent
et élisent un « intendant » temporaire, c’est-à-dire un « député-intendant ».
Ce « député-intendant » peut alors mettre les autres serviteurs à leur place,
et contraindre chacun d’eux à faire son travail : la cuisinière à la cuisine,
le cocher à l’écurie, le jardinier au potager et ainsi de suite.
De cette façon, la "maison" peut être prête pour l’arrivée du véritable intendant,
qui à son tour préparera l’arrivée du véritable Maître.


2 commentaires:

  1. Eric,
    Quand physique, psychologie et sagesse se mélangent ça fait de beaux résultats !
    Merci.
    Thierry

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    1. Bien vu, une sorte de chimie, alchimie.
      A toute Thierry

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